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En Iran, des ingénieurs pleurent leur plus grand pont, bombardé par Trump
Ce pont était comme "notre enfant": les larmes aux yeux, l'ingénieur Roozbeh Yazdi est inconsolable devant ce qu'il reste de l'ouvrage à haubans, le plus grand d'Iran et du Moyen-Orient, dont Donald Trump a salué le bombardement.
L'AFP a pu se rendre vendredi sur les lieux lors d'une visite pour la presse organisée par les autorités iraniennes à Karaj, ville périphérique en grande banlieue ouest de Téhéran.
Un responsable a affirmé que "12 bombes" avaient été larguées jeudi.
Les deux piliers principaux ont résisté et le mot "Iran" écrit en calligraphie domine toujours la structure. Mais la puissance des explosions l'a coupée en deux, en plein milieu.
Des frappes supplémentaires ont fini par terrasser ses extrémités. Des tiges d'acier de la structure tortillées et des blocs de béton pendent désormais dans le vide au point que les experts ne savent pas s'il sera possible un jour de le réparer.
"Nous avons travaillé dur pour assembler ces éléments, nous avons versé des larmes, nous avons transpiré à grosses gouttes", déclare Roozbeh Yazdi sur le chantier du pont, qui a mobilisé une équipe de 700 personnes et dont l'inauguration était prévue cet été.
Deux grues toujours debout montrent que les travaux, débutés il y a plus de deux ans, n'étaient pas terminés. Le pont, connu sous le sigle B1, n'avait d'ailleurs pas encore de nom officiel.
"Nous le considérions comme notre enfant, et nous étions très fiers de le voir grandir", raconte M. Yazdi.
En contrebas du pont, dans la vallée, des familles pique-niquaient. On aperçoit une villa et des bâtiments résidentiels aux vitres soufflées. Mais aucune installation militaire n'est visible.
Selon le vice-gouverneur de la province de l'Alborz dont Karaj fait partie, cité par la télévision d'Etat, les frappes ont tué huit civils et fait 95 blessés.
"Ils (les Etats-Unis et Israël) s'attaquent uniquement aux infrastructures du peuple et du pays", lance Hamed Zekri, un autre ingénieur de 41 ans, se disant "tellement attristé" par la destruction du pont qu'il ne peut "plus en parler".
- "Nous le reconstruirons" -
"Nous avons travaillé sur ce pont pendant deux ans, matin et soir, avec tout notre coeur", confie-t-il. "Nos efforts ont été anéantis en l'espace de trois heures", entre la première et la seconde frappe. Mais "si Dieu le veut, nous le reconstruirons".
Donald Trump s'est vanté d'avoir bombardé le pont B1 mais sans expliquer pourquoi s'être attaqué à cette cible.
"Le plus grand pont en Iran s'écroule et ne sera plus jamais utilisé", a écrit le président américain dans un message sur son réseau social Truth, accompagné d'une vidéo du pont détruit.
"IL EST TEMPS POUR L'IRAN DE CONCLURE UN ACCORD AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD ET QU'IL NE RESTE PLUS RIEN DE CE QUI POURRAIT ENCORE DEVENIR UN GRAND PAYS", a-t-il ajouté en lettres capitales.
"Frapper des infrastructures civiles, y compris des ponts inachevés, ne poussera pas les Iraniens à se rendre", a rétorqué sur X le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.
Selon l'agence de presse iranienne Isna, le B1 est l'ouvrage le plus complexe d'Iran en termes d'ingéniérie, s'élevant jusqu'à 176 mètres et mesurant 1.050 mètres de long.
Sa construction s'inscrivait dans le cadre d'un vaste projet autoroutier consistant à réduire le temps de trajet entre Téhéran et le nord de l'Iran, destination très prisée notamment pour des week-ends au bord de la mer Caspienne.
Après ces frappes américaines, l'agence Fars a publié une liste de "ponts importants de la région susceptibles d'être la cible de représailles iraniennes".
On y trouve en tête avec 36 km de long, le pont Cheikh Jaber Al-Ahmad Al-Sabah au Koweït, mais aussi le pont Roi Fahd qui relie l'Arabie saoudite et Bahreïn sur 25 km.
N.Esteves--PC