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Trêve très fragile, l'Iran et Israël menacent de reprendre les hostilités
A peine annoncée et déjà compromise: la trêve entre l'Iran et les Etats-Unis semble tenir à un fil mercredi soir, Téhéran et Israël menaçant de reprendre les hostilités.
Le Pakistan, médiateur du cessez-le-feu, a appelé les parties à la "retenue" après des frappes meurtrières d'Israël au Liban et de nouvelles attaques iraniennes contre des pétromonarchies du Golfe.
"Des violations du cessez-le-feu ont été signalées en quelques endroits dans la zone de conflit, ce qui sape l'esprit du processus de paix", a affirmé le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
Des représentants de deux parties doivent se retrouver samedi à Islamabad, pour négocier un règlement à la guerre, au-delà de la trêve de deux semaines décidée dans la nuit de mardi à mercredi, in extremis avant l'expiration d'un ultimatum du président américain Donald Trump.
Le vice-président JD Vance mènera la délégation américaine. L'émissaire spécial Steve Witkoff ainsi que Jared Kushner, gendre de Donald Trump, seront aussi du déplacement.
Mais malgré l'arrêt des bombardements israélo-américains sur l'Iran, après 39 jours d'un conflit qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, le calme est encore loin d'être revenu dans la région, et le flou subsiste sur les termes de l'accord.
Des frappes israéliennes simultanées sur le Liban, en particulier des zones résidentielles de Beyrouth, ont fait 112 morts et 837 blessés mercredi, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.
L'armée israélienne a annoncé avoir mené sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le déclenchement de la guerre, disant avoir visé "des centaines" de membres du mouvement pro-iranien, dont un commandant.
- Le Hezbollah en "droit de riposter" -
"J'ai vu une frappe, c'était très fort, des enfants ont été tués, d'autres ont eu les bras coupés", a déclaré à l'AFP Yasser Abdallah, qui travaille dans un magasin d'électroménager dans un secteur proche du lieu d'un des bombardements dans la capitale libanaise.
Ces attaques ont suscité de nombreuses condamnations, de l'ONU à l'Irak en passant par la Jordanie.
Le Hezbollah a dit être en "droit de riposter", alors qu'il n'avait plus revendiqué d'attaques contre Israël depuis l'annonce de la trêve. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont également menacé de répliquer après le "massacre brutal" à Beyrouth.
"L'Iran se retirera de l'accord si Israël continue de violer le cessez-le-feu dans son attaque contre le Liban", a rapporté l'agence de presse iranienne Tasnim, citant une source bien informée.
Le Premier ministre pakistanais avait pourtant déclaré que le cessez-le-feu s'appliquait "partout", y compris au Liban, ce que M. Trump a ensuite démenti.
Autre élément à même de fragiliser davantage le cessez-le-feu, un haut responsable de la Maison Blanche a assuré qu'un plan en dix points diffusé publiquement par l'Iran n'était pas le document servant de base aux négociations avec les Etats-Unis.
Une liste publiée par la République islamique évoque "le maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement d'uranium, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires".
Elle prévoit aussi le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, la fin des attaques contre l'Iran et ses alliés, la libération des avoirs iraniens gelés et une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU rendant l'accord contraignant.
Donald Trump s'est dit de son côté prêt à "discuter" de "la levée (...) des sanctions" asphyxiant l'économie de l'Iran, mais a assuré qu'il n'y aurait "aucun enrichissement d'uranium".
Le ton reste cependant martial du côté de son allié israélien: le cessez-le-feu "n'est pas la fin de la campagne" contre l'Iran, a lancé mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ajoutant qu'Israël était "prêt à reprendre le combat à tout moment".
Son chef de la diplomatie Gideon Saar avait affirmé plus tôt ne pas voir "comment il est possible de rapprocher les positions des Etats-Unis et de l'Iran".
- Soulagement des marchés -
Après un mardi ponctué de frappes et de menaces d'anéantissement de la "civilisation iranienne" proférées par Donald Trump, l'annonce d'une trêve est tombée en pleine nuit en Iran.
Dans le Golfe, la prudence est de mise alors que l'Iran a poursuivi ses attaques de représailles au Koweït et aux Emirats arabes Unis. Téhéran a dit avoir ainsi riposté à des frappes aériennes menées après la trêve contre ses propres installations pétrolières.
Et selon le Financial Times, une attaque de drone a visé un important oléoduc en Arabie saoudite.
En Irak, l'ambassade des Etats-Unis a mis en garde ses ressortissants après "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des "milices pro-iraniennes" contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.
Malgré ces incidents, l'annonce d'une réouverture au compte-gouttes du détroit d'Ormuz, couloir stratégique par lequel transitent normalement 20% de la consommation mondiale d'hydrocarbures, a provoqué une vague de soulagement sur les marchés mondiaux, se manifestant par une chute des cours du pétrole et un rebond des Bourses.
Deux navires, l'un grec et l'autre battant pavillon du Libéria, ont pu franchir le détroit mercredi, mais certains acteurs du transport maritime ont décidé de ne pas encore s'y hasarder, alors que plus de 800 bâtiments sont immobilisés dans le Golfe.
burx-tq/anb
A.Santos--PC