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L'Europe débloque son prêt à l'Ukraine, qui remet la pression pour adhérer à l'UE
Après des mois de blocage de la Hongrie, les dirigeants européens ont célébré jeudi aux côtés de Volodymyr Zelensky la validation du prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Et le président ukrainien a relancé un épineux débat en réclamant la "pleine adhésion" de son pays à l'UE.
Volodymyr Zelensky s'est rendu à Chypre à un sommet européen organisé au milieu des bateaux imposants de l'Ayia Napa Marina, un site touristique huppé du bord de la mer.
"Très reconnaissant", il s'est affiché aux côtés des présidents de la Commission Ursula von der Leyen et du Conseil européen Antonio Costa, pour saluer "un grand jour", après la levée du veto hongrois contre le prêt à l'Ukraine.
En 2026 et 2027, les 90 milliards d'euros de l'UE serviront à "renforcer" l'armée ukrainienne, "stimuler la production dans le domaine de la défense aérienne" et "protéger" le réseau énergétique, a-t-il énuméré.
L'Ukraine espère un premier versement d'ici fin mai - début juin.
Les Européens ont également approuvé un vingtième paquet de sanctions contre la Russie, visant le secteur bancaire et ajoutant de nouvelles restrictions aux exportations de pétrole russe.
- "Pas de raccourcis" -
Le sujet est sensible au sein des Vingt-Sept et plusieurs dirigeants ont affiché leur prudence.
Oui, "l'Ukraine fait partie de la famille européenne, mais sur le chemin de l'adhésion, chaque pays doit remplir un certain nombre de conditions. Il n'y a pas de raccourcis", a prévenu le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden.
"Pas de procédures accélérées", a dit à son tour le Belge Bart De Wever, prônant "une approche fondée sur le mérite" en matière de réformes et de lutte contre la corruption.
Antonio Costa s'est monté plus allant. Il faut "préparer la prochaine étape", qui "consiste à ouvrir officiellement les premiers cycles de négociations", a déclaré le président du Conseil européen, l'instance qui représente les Vingt-Sept.
Le déblocage du prêt à l'Ukraine montre en tout cas que la défaite électorale de Viktor Orban en Hongrie n'aura pas tardé à se traduire au niveau européen.
C'est la reprise de la livraison de pétrole russe à Budapest via un oléoduc traversant l'Ukraine qui a poussé le gouvernement hongrois à lever son veto.
Les responsables de l'UE peuvent donc souffler, alors qu'un sommet de mars à Bruxelles avait été houleux avec Viktor Orban.
Cette fois, le rendez-vous à Chypre, qui occupe la présidence tournante de l'UE, se tiendra sans le nationaliste hongrois.
Battu par son rival Peter Magyar aux législatives, il s'apprête à passer la main et a boudé son dernier sommet européen, après seize années au pouvoir.
Informelle, la réunion des dirigeants de l'UE n'appelle pas de décisions majeures jeudi et vendredi à Chypre, cette île coupée en deux depuis 1974 et l'invasion de la partie nord par l'armée turque.
Soulagés pour le prêt à l'Ukraine, les chefs d'Etat et de gouvernement européens devraient surtout se concentrer sur la guerre au Moyen-Orient.
Vendredi, ils attendent pour un déjeuner de travail plusieurs dirigeants de la région: le président du Liban Joseph Aoun, celui d'Egypte Abdel Fattah al-Sissi, le Syrien Ahmed al-Chareh et le prince héritier de Jordanie Hussein ben Abdallah.
- 24 milliards d'euros -
Malgré leurs leviers limités, les Européens vantent un "dialogue intensif" avec les Etats de la région et souhaitent évoquer "la situation au Liban et les pourparlers entre Israël et le Liban", selon un responsable.
Se réunir à Chypre revêt une dimension symbolique puisque des bases de l'Otan y avaient été ciblées par des drones de fabrication iranienne au début du conflit.
Avec le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, le conflit a de lourdes conséquences sur l'économie européenne, dont la facture pour s'approvisionner en pétrole et en gaz a bondi de 24 milliards d'euros en sept semaines.
Et l'Union européenne surveille comme le lait sur le feu une potentielle pénurie de kérosène.
Face à la crise énergétique, Bruxelles a multiplié les recommandations aux Etats membres et appelé à accélérer l'électrification du continent.
Mais l'UE n'a pas fait d'annonces majeures ni sorti le carnet de chèques. Et pour cause, les finances de l'UE comme des Etats membres - de la France surtout - ne sont pas au mieux.
Sur ce volet financier, les pays européens doivent d'ailleurs aborder pendant le sommet de Chypre les discussions toujours sensibles sur les quelque 2.000 milliards d'euros du futur budget européen de 2028 à 2034.
A.F.Rosado--PC