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En Somalie, l'angoisse des déplacés par la sécheresse sans aide humanitaire
La sécheresse avait déjà emporté deux de ses huit enfants et ses chèvres. Quand ses plants de maïs ont à leur tour dépéri, Maryam a quitté son village du sud de la Somalie pour sauver le reste de sa famille, vers un camp privé d'aide humanitaire.
Cette mère de 46 ans fait partie des plus de 300.000 Somaliens déplacés depuis janvier, selon l'ONU, par une nouvelle saison des pluies défaillantes, la troisième de suite dans le pays instable où le taux de malnutrition a presque doublé.
Arrivée dans un camp en périphérie de Kismayo, capitale de l'Etat du Jubaland (Sud), Maryam s'est toutefois retrouvée livrée à elle-même. Le recul historique de l'aide internationale en 2025, tiré par les coupes sombres de l'administration de Donald Trump, a poussé au départ, faute de financements, nombre d'organisations qui fournissaient abris et nourriture.
"Nous avons faim. Nous avons besoin de soins et d'aide",lâche à l'AFP cette Somalienne, devant son abri à moitié achevé, fait de morceaux de tissus posés sur une structure de branchages. Pour arriver là, Maryam et les siens ont parcouru en bateau des dizaines de kilomètres sur le fleuve Jubba, traversant un paysage aride et déboisé.
Hantée par le souvenir du ventre enflé de ses enfants morts affamés, elle assure toutefois qu'elle ne retournera pas dans son village, sous contrôle des insurgés islamistes shebab, qui ont récemment commencé à s'accaparer les vivres "de force".
Son nom de famille, comme celui des autres déplacés interrogés par l'AFP, n'a pas été dévoilé pour des raisons de sécurité.
- "L'autre sécheresse" -
La baisse des financements a "eu un énorme impact sur notre travail", explique Mohamud Mohamed Hassan, directeur de l'ONG Save the Children en Somalie. Plus de 200 centres de santé et plus de 400 écoles ont fermé dans le pays, selon l'ONG.
L'aide "à laquelle ont accès les enfants souffrant de malnutrition est limitée" et "les quelques centres de santé encore opérationnels sont surchargés", pointe-t-il.
Près du camp, des carcasses de bovins, ânes et chèvres jonchent le bord de la route.
De nombreux agriculteurs, qui ont vu leurs troupeaux et plantations décimés, racontent une des pires sécheresses jamais connues.
Même si les pluies espérées prochainement sont abondantes, il faudra des mois aux populations touchées pour se remettre, selon les Nations unies, qui s'attendent à des vagues de déplacements supplémentaires.
Le Jubaland accueille des centaines de milliers de personnes, déplacées par les conflits, les sécheresses et les inondations.
"Nous ne pouvons pas faire face à un tel niveau de besoin", regrette Ali Adan Ali, chargé des réfugiés et déplacés au sein des autorités locales, inquiet de l'"autre sécheresse": celle des financements humanitaires.
Cinq enfants sont morts de malnutrition en mars dans le camp, selon son gestionnaire Abdiwahid Mohamed Ibrahim.
- "Désespérées" -
Environ 4,8 millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire en Somalie, soit près d'un quart de la population du pays, privé depuis les années 1990 de réelles structures étatiques, miné par les attaques des shebab et fragilisé encore ces dernières années par divers chocs climatiques. Des épisodes de famines, notamment en 1992 et 2011, ont tué des centaines de milliers de Somaliens.
Dans la seule clinique mobile encore opérationnelle pour les trois camps des environs, gérée par Save the Children, Khadija, une veuve de 45 ans, tente de nourrir d'une solution hypercalorique sa fille d'un an, sévèrement sous-alimentée, qui se tortille dans ses bras.
Elle a fui la sécheresse il y a un an après avoir perdu son bétail. Mais ici aussi, "nous n'avons rien à manger", déplore-t-elle.
L'hôpital de Kismayo, le seul de la région capable de traiter les cas de malnutrition les plus sévères, refuse des patients, faute de place et de personnel.
Tous les lits sont occupés par des dizaines de bébés faméliques, certains sous assistance respiratoire et le bras piqué d'une perfusion.
Près de 500.000 enfants sont menacés de la forme la plus critique de malnutrition en Somalie, selon l'ONU.
La guerre au Moyen-Orient a encore aggravé la situation, le renchérissement des prix du carburant impactant notamment l'approvisionnement et le coût de la nourriture et de l'eau.
Mais face à une telle crise, l'ONU n'a reçu que 13% des sommes demandées aux bailleurs, soit 121,6 millions de dollars (104 millions d'euros): près de dix fois moins que les financements reçus en 2023, lors d'une sécheresse historique.
Dans le camp, les déplacés s'organisent en s'entraidant, prenant des emplois de nettoyage ou de construction en ville ou revendant du petit bois.
Mais les coupes dans l'aide, l'aggravation de la crise économique et les chocs climatiques "contribuent à une situation où les choses sont vraiment, vraiment désespérées", alerte le chef des opérations humanitaires de l'Onu Tom Fletcher. "Souvent nous sommes contraints de choisir quelles vies sauver".
A.Aguiar--PC