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Guerre au Moyen-Orient: L'AIE sonne l'alarme sur la fonte "record" des réserves pétrolières
Le monde puise dans ses réserves de pétrole à vitesse "record" à mesure que la guerre au Moyen-Orient s'enlise: l'Agence internationale de l'énergie a alerté à l'approche de l'été sur le scenario d'un marché pétrolier "en déficit" pour des mois et de nouvelles flambées de prix.
"Plus de dix semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, les pertes croissantes d’approvisionnement dans le détroit d’Ormuz épuisent les stocks mondiaux de pétrole à un rythme record", souligne l'AIE dans son rapport mensuel sur les marchés pétroliers.
"La diminution rapide des réserves dans un contexte de perturbations persistantes pourrait annoncer de futures flambées de prix", ajoute l'agence de l'énergie de l'OCDE.
Les stocks mondiaux observés ont diminué de 250 millions de barils sur mars et avril, soit un rythme de 4 millions de barils par jour, selon l'AIE.
Pour apaiser les marchés, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avaient annoncé en mars la libération coordonnée de 426 millions de barils, soit plus du tiers de leurs stocks stratégiques, une décision sans précédent.
En incluant le déblocage progressif de ces stocks d'urgence, le déficit cumulé de réserves mondiales de produits pétroliers atteindrait 900 millions de barils en septembre 2026, réduisant la contribution des stocks de l'industrie à 500 millions de barils, selon l'AIE.
"C'est extrêmement inquiétant", a assuré auprès de l'AFP, Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’université d’Oxford. "Nous avons déjà perdu un milliard de barils de réserves" et "il nous en reste moins de la moitié avant d’atteindre les niveaux opérationnels minimums", dit-il.
En partant du scenario optimiste d'une reprise progressive des flux transitant par le détroit d'Ormuz à partir de juin, "la demande pourrait renouer avec la croissance vers la fin de l’année, mais l’offre devrait se redresser plus lentement", estime l'AIE, qui juge en conséquence que le marché pétrolier restera "en déficit jusqu’au dernier trimestre de l’année".
Or avec des stocks mondiaux de pétrole qui s'épuisent déjà à "un rythme record", "une nouvelle volatilité des prix semble probable à l'approche de la période de pointe de la demande estivale", marquée par les départs en vacances, estime l'AIE.
- Eviter la panique -
Déclenchée le 28 février par l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, la guerre au Moyen-Orient paralyse environ 20% du commerce mondial de gaz et de pétrole en raison du blocage par Téhéran du très stratégique détroit d'Ormuz.
Face aux pénuries localisées, notamment en Asie, très dépendante des importations d'Ormuz, et à la flambée des prix des carburants, les mesures de réduction de la consommation se multiplient dans le monde, entre les suppressions de vols et les appels à réduire la consommation d'essence et de diesel en Inde ou à recourir au télétravail dans la fonction publique en France.
Face aux inquiétudes, le gouvernement français tente d'éviter la panique à coups d'aides sectorielles ciblées et de messages rassurants sur l'approvisionnement en carburants.
La commission européenne elle aussi ne cesse de répéter qu'il n'y a pas de pénurie de kérosène en Europe, mais elle se prépare à tous les scénarios, en cherchant notamment des alternatives du côté du carburant américain.
Selon l'AIE, l’offre mondiale de pétrole a encore diminué de 1,8 million de barils par jour (mb/j) en avril pour atteindre 95,1 mb/j, portant les pertes totales depuis le mois de février à 12,8 Mb/j. Dans un scenario de reprise progressive des flux transitant par le détroit d'Ormuz à partir de juin, l’offre mondiale de pétrole devrait diminuer en moyenne de 3,9 mb/j en 2026, pour s’établir à 102,25 mb/j.
Cela représente une perte de 5,9% par rapport aux estimations d’avant-guerre, a indiqué l'AIE à l'AFP.
La demande mondiale de pétrole devrait elle se contracter de 420.000 barils par jour en glissement annuel en 2026, pour atteindre 104 millions de barils par jour, soit 1,3 mb/j de moins que les prévisions d’avant-guerre.
L'érosion de la demande concerne surtout actuellement la pétrochimie et l’aviation mais elle pourrait s'étendre à d'autres secteurs. Mais jusqu'ici, les compagnies aériennes en France "ne constatent pas (...) d'affaissement de la demande" pour l'été, selon la Fnam (Fédération nationale de l'aviation).
O.Gaspar--PC