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Ben Gvir, ministre et impétueuse star de l'extrême droite israélienne
Longtemps cantonné au rôle de trublion infréquentable de l'extrême droite, Itamar Ben Gvir est devenu une figure centrale de la politique en Israël et un ministre de la Sécurité nationale qui enchaîne les polémiques, sans paraître s'en soucier.
Bouteille de champagne au Parlement pour fêter l'adoption d'une loi sur la peine de mort taillée sur mesure pour ne s'appliquer qu'aux Palestiniens, gâteau d'anniversaire orné d'un noeud de pendu, visites tapageuses auprès de détenus palestiniens... le responsable de 50 ans a pour coutume de se mettre en scène, provoquant, parfois, des tollés.
Dernier en date: la vidéo qu'il a diffusée mercredi le montrant, triomphant, près de dizaines de militants de la "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées après leur arrestation en mer, lui a valu des condamnations immédiates, non seulement de pays étrangers, mais aussi de membres du gouvernement.
Mais le ministre s'est montré, comme à son habitude, imperturbable, voyant dans les images "une grande source de fierté".
En novembre 2025, il avait apporté son "soutien total" aux soldats mis en cause dans l'exécution à bout portant de deux Palestiniens qui venaient de se rendre à l'armée à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, assénant: "Les terroristes doivent mourir".
- "J'ai changé" -
Itamar Ben Gvir a accédé à son poste de ministre en décembre 2022 à la faveur d'un accord de coalition ayant permis le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu, à la tête d'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire d'Israël.
Avocat de formation, le chef du parti "Force juive" était devenu député en avril 2021, après des années d'activisme à l'extrême droite.
Né en banlieue de Jérusalem de parents séfarades, ce père de six enfants qui vit dans une colonie parmi les plus radicales de Cisjordanie défend l'annexion de ce territoire palestinien, occupé par Israël depuis 1967.
Il y revendique des droits supérieurs pour les juifs et prône le transfert d'une partie de la population arabe d'Israël, qu'il juge déloyale, vers les pays voisins.
"J'ai changé (...) je disais il y a 20 ans qu'il fallait expulser tous les Arabes, je ne le pense plus, mais je ne vais pas m'excuser", disait-il dans un entretien à l'AFP en 2022.
Ses critiques l'accusent d'avoir fait main basse sur la police depuis qu'il a pris la tête du ministère de la Sécurité nationale et de mettre le feu aux poudres, en se rendant là où les tensions sont les plus fortes.
A Jérusalem-Est, il multiplie ainsi les visites sur l'esplanade des Mosquées (le mont du Temple pour les juifs) où il clame "Vive le peuple d'Israël", bravant de plus en plus ouvertement le statu quo en vigueur depuis 1967 et l'annexion de la partie orientale de la ville par Israël - contre l'avis de M. Netanyahu, qui le laisse toutefois faire.
- "Voyou marginal" -
Ses coups d'éclat ont décuplé depuis la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
Rapidement, il commence à armer des civils, appelle à l'émigration de la population de Gaza et rêve d'y rétablir des colonies israéliennes.
"Si nous ne voulons plus de 7-Octobre, nous devons rentrer chez nous, contrôler le territoire" et encourager le départ "volontaire" des Palestiniens de Gaza, dit le ministre, opposé à l'entrée de l'aide humanitaire dans le territoire palestinien, ravagé par la guerre.
En obtenant du Parlement qu'il vote fin mars la loi sur la "peine de mort pour les terroristes", note Ravit Hecht, du journal Haaretz (gauche), Ben Gvir a achevé son processus de métamorphose "de voyou marginal en artisan de l'idéologie de droite".
Il puise son idéologie anti-arabe dans celle du rabbin extrémiste Meir Kahane, dont le mouvement Kach a été banni en Israël après l'assassinat en 1994 de 29 Palestiniens en train de prier à Hébron, en Cisjordanie, par un de ses partisans, Baruch Goldstein.
Le ministre, qui a milité dans Kach, a longtemps eu un portrait de Goldstein dans son salon mais dit avoir pris quelques distances depuis.
L'homme au visage mafflu, reconnaissable à sa large kippa blanche souvent de travers, pourrait apparaître affable, quand il ne vocifère pas.
Inculpé plus de 50 fois dans sa jeunesse pour incitation à la haine ou des violences, le ministre, également connu pour ses positions anti-LGBT+, se vante d'avoir été innocenté dans 46 cas. C'est sur la recommandation des juges qu'il a entrepris des études de droit, pour se défendre lui-même, se targue-t-il.
F.Moura--PC