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Royaume-Uni: Nigel Farage rattrapé par des affaires de dons non déclarés
Au Royaume-Uni, le chef de Reform UK Nigel Farage est dans la tourmente, rattrapé par plusieurs affaires de dons non déclarés venant de riches soutiens, à un moment délicat pour le parti anti-immigration, dont l'ascension fulgurante semble s'enrayer.
Depuis deux ans, l'ex-héraut du Brexit a fait un retour réussi sur la scène politique britannique, se faisant élire député et hissant Reform en tête des sondages d'intentions de vote dans la perspective des futures élections législatives prévues en 2029.
Mais Nigel Farage et sa situation financière sont désormais scrutés : plusieurs médias ont révélé qu'il avait profité de dons généreux de la part de riches hommes d'affaires qu'il a omis de déclarer.
Le comité d'éthique du Parlement britannique a ouvert en mai une enquête au sujet d'un don de 5 millions de livres (5,7 millions d'euros) reçu par Nigel Farage de la part d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, quelques mois avant de se présenter aux législatives de 2024.
Et ce week-end, le Sunday Times a révélé qu'il aurait bénéficié, au cours de l'année précédant l'élection, de services de sécurité, d'un hébergement ainsi que de la prise en charge de sa communication sur les réseaux sociaux, financés par un autre entrepreneur dans les cryptomonnaies, George Cottrell.
Cet aristocrate trentenaire a passé plusieurs mois en prison aux Etats-Unis pour fraude informatique.
Les tentatives de Nigel Farage pour se défendre n'ont fait qu'attiser la polémique, et lui qui était omniprésent dans les médias et sur les réseaux sociaux se fait désormais plus discret.
Il a affirmé qu'il n'avait pas besoin de déclarer le don de 5 millions de livres révélé par The Guardian car il s'agissait d'un cadeau personnel destiné à financer sa propre sécurité, ce qu'a corroboré Christopher Harborne, important donateur de Reform.
- "Respecté les règles" -
Visiblement exaspéré, il a aussi lâché sur LBC que rien ne l'empêchait de "le dépenser en Ferrari" s'il le souhaitait.
"Sa réaction, pour quelqu'un qui est d'ordinaire plutôt habile avec les médias, est extraordinairement contre-productive", estime Tim Bale, professeur de sciences politique à l'université de Queen Mary de Londres. "Il apparaît irritable et comme quelqu'un qui a quelque chose à cacher", ajoute-t-il.
Les nouveaux députés sont censés déclarer toute somme d'argent reçue dans les 12 mois précédant leur élection, sauf si elle n'est pas considérée comme liée à des activités politiques.
Si Nigel Farage est reconnu coupable d'avoir enfreint les règles, il pourrait faire l'objet de sanctions allant jusqu'à une suspension de la Chambre des communes.
Dans une telle éventualité, une élection législative partielle pourrait être déclenchée dans sa circonscription de Clacton (sud-est de l'Angleterre) si 10% des électeurs y signent une "pétition de révocation".
Il serait autorisé à s'y présenter. Mais il y affronterait la concurrence du parti d'extrême droite Restore Britain, qui a récemment taillé des croupières à Reform lors de l'élection partielle près de Manchester remportée par le travailliste Andy Burnham, pressenti pour succéder à Downing Street au démissionnaire Keir Starmer.
Après les nouvelles révélations du Sunday Times, Nigel Farage a affirmé dans un communiqué publié tard dimanche qu'il avait "respecté les règles", et a accusé "l'establishment" d'être "prêt à tout pour nuire à Reform".
- Avenir "en question" -
Les Libéraux-Démocrates (centristes) ont demandé au responsable en charge du respect du code de conduite des parlementaires, l'avocat Daniel Greenberg, d'enquêter sur ces nouvelles accusations.
Des députés travaillistes lui ont aussi demandé d'examiner séparément d'autres allégations selon lesquelles Farage n'aurait pas correctement déclaré certains intérêts immobiliers et aurait exercé des pressions sur la Banque d'Angleterre au sujet de projets liés aux cryptomonnaies.
De récents sondages montrent une érosion de l'avance de Reform UK. Alors qu'il surfait à plus de 30% d'intentions de vote, il est désormais à 25%, avec une avance sur les travaillistes au pouvoir réduite à 5 points.
Reform a échoué à remporter deux élections partielles cette année. Les analystes y voient la conséquence de mauvais choix de candidats, de l'impopularité du président américain Donald Trump, pour lequel Farage n'a pas caché son admiration, et du recrutement de plusieurs députés du parti conservateur qui vont à l'encontre du message antisystème du parti.
Les médias britanniques n'écartent plus l'éventualité de voir Nigel Farage abandonner Reform, comme il l'a déjà fait en 2021.
"Farage pourrait-il jeter l'éponge?", s'interrogeait récemment le Guardian, tandis que The Independant titrait lui que "l'avenir de Farage (est) remis en question".
Contactés, les porte-parole de Nigel Farage n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
S.Caetano--PC