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Sommet de l'Otan: les Européens espèrent éviter la colère de Trump
Les pays de l'Otan se retrouvent mardi et mercredi en sommet à Ankara avec un objectif central : éviter que cette réunion ne déraille sous les coups de boutoir de Donald Trump.
Pour tenter de l'amadouer, les Européens comptent démontrer, milliards de dollars à l'appui, leur sérieux à monter en puissance dans la défense de leur continent.
Cette exigence maintes fois répétée par les Etats-Unis a une nouvelle fois été relancée par le président américain, qui a jugé jeudi "ridicule" pour son pays de maintenir une relation "unilatérale" au sein de l'Alliance atlantique.
La gestion de Donald Trump "consume beaucoup d'énergie" au sein de l'Otan, reconnaît un diplomate à Bruxelles.
Or le président américain ne décolère pas contre ses alliés européens qu'il accuse de l'avoir laisser tomber dans la guerre que les Etats-Unis ont déclenchée avec Israël contre l'Iran.
Pour lui prouver le contraire, les Européens vont lancer dès mardi une grande opération séduction, un exercice dans lequel le secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte est passé maître, depuis qu'il a été appelé en 2024 à la tête de cette organisation.
Au cours d'un forum sur l'industrie de défense, qui s'ouvre mardi dans la capitale turque, des contrats d'armement d'un montant total se comptant en "dizaines de milliards de dollars" vont ainsi être annoncés, a promis lundi M. Rutte.
Et une bonne partie concernera l'industrie américaine pour tenter d'amadouer Donald Trump.
Le Canada, qui cherche à renforcer ses partenariats de défense avec ses alliés européens pour moins dépendre des Etats-Unis, a pour sa part choisi lundi le groupe allemand Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) pour construire sa nouvelle flotte de sous-marins.
"A la veille de l'ouverture du sommet de l'Otan, le gouvernement canadien envoie ainsi un signal fort en faveur de la coopération transatlantique et européenne dans l'industrie de défense", s'est félicité le chancelier allemand Friedrich Merz dans un communiqué.
- Au moins 5% -
L'an dernier, le président américain avait obtenu des Européens et du Canada qu'ils s'engagent à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité. Beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage mais Mark Rutte ne désespère pas de convaincre Donald Trump que le mouvement est lancé.
En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20% de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné lundi devant la presse.
Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a-t-il ajouté, et augmenter les capacités de production, un défi encore difficile à relever pour les industriels européens.
"Cela signifie faire de l'innovation une priorité absolue, surmonter la fragmentation des industries nationales de défense et réduire les lourdeurs administratives", a affirmé le patron de l'Alliance.
Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est attendu à Ankara mardi soir pour assister au dîner offert par l'hôte de ce sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan.
L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer.
A Ankara, les alliés européens de l'Ukraine entendent aussi lui réaffirmer leur soutien.
Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somme viendra s'ajouter aux 30 milliards d'euros d'aide militaire que l'Union européenne a promis de son côté, en 2026 comme en 2027, sous forme de prêts.
Les Européens espèrent également confirmer la dynamique favorable à l'Ukraine obtenue au sommet du G7 à Evian, en France, à la mi-juin. Le président Zelensky qui s'est entretenu au téléphone ce week-end avec Donald Trump, doit le rencontrer dans la capitale turque.
Ils comptent aussi sur M. Erdogan pour contenir un éventuel accès de colère de la part du locataire de la Maison Blanche.
L'excellente relation entre les deux hommes est la meilleure chance de succès de ce sommet, selon un diplomate à l'Otan.
L'autre atout des Européens réside dans la capacité de Mark Rutte à "gérer" le président américain.
"C'est un type formidable, un grand dirigeant, un excellent secrétaire général" de l'Alliance atlantique, affirmait encore Donald Trump la semaine dernière en le recevant à la Maison Blanche.
"Je pense que si quelqu'un d'autre occupait ce poste, nous ne serions même pas réunis aujourd'hui."
F.Moura--PC