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Brésil: le président de la Cour suprême tente d'enrayer une crise inédite
Le président de la Cour suprême du Brésil a tenté mercredi de contenir une crise inédite au sein de la plus haute juridiction, qui se déchire à moins d'un mois de l'élection présidentielle.
Déclenchée par une enquête sur une énorme fraude bancaire, cette crise percute la campagne électorale dans le plus grand pays d'Amérique latine.
Le 4 octobre, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, tentera de se faire réélire face à Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l'ancien chef d'Etat d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022).
La crise a éclaté la semaine dernière, lorsqu'un rapport de police a révélé le contenu de messages envoyés par le banquier Daniel Vorcaro, soupçonné de l'une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du pays, à un numéro attribué à Alexandre de Moraes, un influent juge de la Cour suprême.
Dans ces messages datant de novembre 2025, le patron de Banco Master demande de l'aide au magistrat dans le but apparent de freiner l'enquête qui aboutira peu après à son arrestation.
Daniel Vorcaro s'était constitué un vaste réseau dans les cercles du pouvoir avant que son établissement ne soit liquidé pour s'être révélé insolvable, ayant accumulé plus de six milliards d'euros de dettes.
Le juge Moraes a conduit l'an dernier le procès historique de l'ex-président Bolsonaro, qui purge chez lui une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat.
Les messages du banquier ont été divulgués sur ordre du juge André Mendonça, en charge de l'enquête Banco Master. Ex-ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, il avait été nommé par lui à la Cour suprême.
- Imbroglio -
La crise s'est envenimée cette semaine autour du sort du directeur de la Police fédérale (PF), Andrei Rodrigues.
Dénonçant des rapports de renseignements utilisés par son rival qui lui reprochait un "abus d'autorité", le juge Mendonça avait accusé la PF d'espionnage illégal et ordonné mardi la suspension provisoire de son chef.
Mercredi, le juge Flavio Dino, lui-même ancien ministre de la Justice de Lula et considéré comme proche du juge Moraes, a rétabli M. Rodrigues dans ses fonctions.
Quelques heures plus tard, le président de la Cour suprême, Edson Fachin, a suspendu ces décisions contradictoires, dans un arrêt auquel l'AFP a eu accès.
Il s'est réservé la décision finale concernant le patron de la PF, sommé de fournir des informations dans un délai de 48 heures.
Le juge Fachin a également déclaré la "suspension de toute procédure" d'enquête visant des membres de la Cour. Et convoqué une réunion plénière pour le 15 septembre.
- "Paix sociale" en danger -
Les sondages donnent Lula et Flavio Bolsonaro au coude-à-coude dans l'hypothèse d'un second tour le 25 octobre.
Sur le réseau social X, le président sortant a appelé la Cour à "lever complètement le secret des enquêtes concernant tous les impliqués dans l'affaire Master, quels qu'ils soient, quoi qu'il en coûte".
Il a dénoncé les "fuites sélectives qui influencent la dispute électorale".
Lors d'un déplacement de campagne à Juiz de Fora (sud-est), le fils Bolsonaro a accusé le juge Dino de tenter "d'interférer dans une procédure judiciaire".
"Moi je veux gagner les élections dans les urnes, et Lula veut gagner sur tapis vert", a-t-il lancé.
Flavio Bolsonaro est lui-même fragilisé par l'affaire Master.
La police enquête sur des virements de plusieurs millions de dollars qu'il avait sollicités auprès de Daniel Vorcaro. Selon le candidat conservateur, ces fonds ont servi à financer un film sur son père.
L'affaire Master est un dossier "toxique", a commenté une source de la Cour suprême auprès de l'AFP, car la police présume que le banquier "a mis de l'argent à plusieurs endroits pour ensuite pouvoir obtenir des faveurs".
Environ 3.000 organisations patronales du pays ont publié mercredi une déclaration dans laquelle elles alertent sur une "crise institutionnelle d'une gravité extrême" dont "l'épicentre" est le plus haut tribunal.
"Si la légitimité (des juges) est remise en question, tout le reste devient incertain", y compris "la paix sociale", ont averti les signataires.
A.Motta--PC