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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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Entre Dubaï et l'Iran, des liens économiques difficiles à rompre malgré la guerre
Dans les ruelles du vieux Dubaï, safran, cumin, pistaches et amandes venus d'Iran continuent de garnir les étals, comme si la guerre au Moyen-Orient n'avait pas prise sur les flux entre les deux rives du Golfe.
Las des attaques iraniennes contre leur sol en représailles aux frappes américaines, les Emirats arabes unis ont annoncé le mois dernier la suspension des échanges commerciaux et financiers avec Téhéran.
Mais dans les quartiers de l'ancien Dubaï, où ils sont solidement implantés, les commerçants iraniens ne croient pas à une rupture des liens forgés depuis des décennies entre la ville du Golfe et le sud de l'Iran.
Depuis le début de la guerre, certains produits se font plus rares, d'autres ont vu leur prix grimper, raconte Morteza Asaadi, qui gère l'épicerie fondée par son père en 1963.
La plupart des denrées traditionnelles, comme les fruits à coque ou les zereshk - de petites baies rouges utilisées dans la cuisine perse - restent toutefois disponibles. "Comment? Je ne sais pas. Mais elles arrivent", dit-il.
Deux grossistes interrogés par l'AFP sous couvert d'anonymat affirment continuer à s'approvisionner en Iran, en passant notamment par les ports omanais, les exportations étant en revanche plus difficiles.
Dans la boutique de safran de Yasser, la précieuse épice vient par avion de Machhad, dans le nord-est de l'Iran, grâce à la reprise des liaisons aériennes, après une brève interruption.
- Plaque tournante -
Dubaï abrite une importante communauté iranienne, estimée à plusieurs centaines de milliers de personnes, qui a participé au développement commercial de l'émirat et traversé les différentes périodes de tensions avec Téhéran.
Après le durcissement des sanctions américaines contre la République islamique en 2012, "Dubaï est parvenu à convaincre ses partenaires à Abou Dhabi que le commerce devait se poursuivre, car il contribuait à l'économie des Emirats", rappelle Mehran Haghirian, du groupe de réflexion Bourse & Bazaar Foundation, basé à Londres.
La fédération, qui compte sept émirats, est une plaque tournante du commerce iranien, les marchandises expédiées depuis son territoire ayant représenté plus de 30% des importations de l'Iran en 2024 pour un total d'environ 21 milliards de dollars. Et c'est son troisième plus gros client, captant près de 12% de ses exportations, pour plus de 7 milliards de dollars, selon les chiffres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dubaï est aussi une place financière importante pour les hommes d'affaires iraniens, Washington l'accusant d'être au coeur des circuits utilisés pour contourner les sanctions.
Dans le cadre de leur politique de pression économique sur l'Iran, les Etats-Unis ont annoncé fin août de nouvelles mesures visant les partenaires commerciaux de l'Iran, et sanctionné notamment le directeur de la branche dubaïote de la banque iranienne Melli.
L'établissement continue pourtant d'accueillir des clients. "Nous sommes sous sanctions depuis des années", soupire un employé rencontré dans l'une des deux agences de la ville.
- "Vide important" -
Pour Mehran Haghirian, l'annonce par Abou Dhabi de la suspension des relations avec l'Iran s'inscrit dans les efforts visant à ramener Téhéran à la table des négociations, et montre l'alignement du pays avec les Etats-Unis.
Mais elle ne va pas nécessairement interrompre les flux informels ni les échanges entre acteurs privés, profondément enracinés des deux côtés du Golfe.
"Il est difficile de tout couper brutalement sans conséquences. Cela créerait un vide majeur qui ne pourrait pas être aisément remplacé", souligne l'expert.
Mais d'autres, comme l'homme d'affaires émirati et ancien haut fonctionnaire Nasser al-Shaikh, estiment que l'importance économique de l'Iran pour Dubaï s'est réduite ces dernières années alors que les Emirats ont diversifié leurs partenariats.
"La relation était mutuellement bénéfique", commentait-il lors d'une récente conférence à Dubaï, mais "en temps de guerre, les priorités changent (...) La sécurité nationale prime".
Dans sa boutique de Bur Dubaï, Morteza Asaadi, lui, est convaincu que les échanges survivront à la crise actuelle.
"Tu vois l'eau, là?", dit-il en montrant l'étendue du Golfe séparant les ports émiratis des côtes du sud de l'Iran. "L'eau peut briser les montagnes", souffle-t-il.
O.Salvador--PC