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Le Caire et Ryad appellent à garantir la libre navigation en mer Rouge
Les dirigeants saoudien et égyptien ont appelé mardi depuis Le Caire à garantir la liberté et la sécurité de la navigation en mer Rouge, après la promesse de Ryad de riposter avec "fermeté" aux attaques des Houthis pro-iraniens du Yémen dont les offensives pour consolider leur contrôle du stratégique détroit de Bab el-Mandeb se poursuivent.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de fait de l'Arabie saoudite - premier exportateur mondial de brut - et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi "ont souligné l'importance de garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime" dans le détroit d'Ormuz et celui de Bab el-Mandeb, selon Le Caire.
Ce passage reliant l'Europe à l'Asie via la mer Rouge et le canal de Suez, très emprunté avant la guerre au Moyen-Orient, est devenu encore plus stratégique pour les exportations de pétrole saoudien depuis que l'Iran verrouille le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.
Le Yémen, pays voisin de l'Arabie saoudite, a été entraîné en juillet dans le conflit régional déclenché par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran fin février. Début septembre, les Houthis ont lancé une grande offensive et se sont emparés de tout le littoral yéménite donnant sur la mer Rouge, dont le détroit de Bab el-Mandeb.
Sa fermeture serait "catastrophique", a admis mardi le ministère qatari des Affaires étrangères.
"Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz", par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, "on ne peut donc pas se permettre d'ajouter Bab el-Mandeb à cette équation", a déclaré un responsable du ministère, Ibrahim al-Hashmi.
De leur côté, les Houthis répètent qu’il n’existe aucune menace pour la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, sauf pour les navires saoudiens.
Une réunion du conseil de sécurité des Nations unies à New York est également prévue à 15H00 (21H00 heure de Paris, 19H00 GMT) pour évoquer le sort de ce couloir maritime, a appris l'AFP de sources diplomatiques. L'Arabie saoudite et le Yémen devraient intervenir, selon l'une de ces sources.
- "Garanties" -
La défense civile saoudienne a émis mardi matin plusieurs alertes de risque d'attaque, dont une pour la ville sainte de la Mecque, une première depuis le début du conflit régional déclenché fin février par l'attaque israélo-américaine sur l'Iran. Les alertes, qui concernaient aussi les environs de Jeddah, grande ville portuaire de l'ouest du royaume, et de Taëf, ont été rapidement levées.
La veille, les Houthis avaient ciblé le sud de l'Arabie saoudite lundi, blessant 13 civils d'après Ryad, qui a riposté par une cinquantaine de frappes selon les Houthis, et promis "responsabilité et fermeté" face à ces attaques.
Le mouvement a aussi visé les infrastructures pétrolières de l'Arabie saoudite, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars.
L'Arabie saoudite se retrouve prise en tenaille, entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais menacés dans les deux détroits. Et son oléoduc Est-Ouest, voie d'exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d'Ormuz, est aussi à l'arrêt après des attaques de drones venues d'Irak selon les autorités saoudiennes.
Le royaume multiplie les contacts diplomatiques pour trouver une issue à la crise.
Avant de se rendre au Caire, le prince héritier Mohammed ben Salmane s'était déjà entretenu lundi avec le chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) Brad Cooper.
Le dirigeant saoudien "cherche des garanties que l'Egypte interviendra, si nécessaire, pour protéger Bab el-Mandeb", analyse Mirette Mabrouk, du Middle East Institute, basé à Washington.
- "Signaux contradictoires" -
Outre les perturbations sur les exportations de pétrole saoudien par la mer Rouge à destination de l'Egypte, le ralentissement du trafic maritime dans cette zone pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur les recettes en devises que tire Le Caire des droits de passage du canal de Suez.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères a ainsi assuré la semaine dernière que son pays avait accumulé 11 milliards de dollars de manque à gagner dans le canal, en raison de la situation régionale.
Sur les marchés mardi, les investisseurs se montrent prudents et les prix du pétrole continuent à progresser : le cours du baril de Brent a encore augmenté de 2,44% mardi matin, atteignant 108,26 dollars.
Alors que les négociations pour trouver une issue au conflit régional dans son ensemble sont au point mort depuis des semaines, Téhéran a rejeté mardi tout dialogue avec Washington, en réponse à Donald Trump qui s'y était dit "ouvert" la veille.
"Ne vous laissez pas distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre +pas de négociations+ et +nous sommes prêts à discuter+", a écrit sur X le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaï.
Au moins 100.000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis la reprise des combats début septembre entre les rebelles pro-iraniens Houthis et les forces pro-gouvernementales, a annoncé mardi le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
burs-mdh/cd/am
P.Cavaco--PC