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Le Saoudien Mohammed ben Salmane, entre réformes et répression
Concerts pop et dissidents derrière les barreaux. Le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane, qui vient de consolider son pouvoir, a bousculé une Arabie saoudite atone avec des réformes tous azimuts tout en réprimant brutalement l'opposition. Mais il reste un interlocuteur incontournable à l'international.
A 37 ans, celui qu'on surnomme MBS, devrait devenir le plus jeune de la dynastie saoudienne à accéder au trône après la mort de son père, le roi Salmane, âgé et affaibli. Depuis sa nomination prince héritier en 2017, il dirige de facto cette puissance régionale pétrolière.
Mardi, il a été nommé "Premier ministre" sur décision de son père, le roi Salmane. Une nouvelle fonction qui vient asseoir l'autorité d'un leader devenu omniprésent en Arabie saoudite, estime des analystes.
De grande taille, la barbe fournie, la voix grave et souvent tout sourire, le prince Mohammed, réputé amateur de fast-food et de jeux vidéos, s'engage à moderniser l'économie saoudienne, trop dépendante du pétrole.
Parallèlement, il s'évertue à alléger le poids des religieux les plus rigoristes. La police des moeurs, qui terrorisait jadis les jeunes, a été mise à l'écart.
"Nous voulons vivre une vie normale", lance-t-il en 2017 à des entrepreneurs à Ryad. "Tout ce que nous faisons, c'est revenir à ce que nous étions, un islam modéré, ouvert à toutes les religions et au monde."
Salué pour ces réformes, MBS est toutefois critiqué à cause de la répression menée contre les dissidents dans les milieux religieux, politique, intellectuel, économique et même au sein de la famille royale.
- "Parfois impulsif" -
"C'est une machine intellectuelle et un stratège", affirme un responsable occidental sous couvert de l'anonymat. Il est "parfois impulsif" et, quand il évoque ses projets, "il s'enflamme".
Cet homme pressé à la calvitie naissante est marié à une seule femme, à la différence de nombreux autres princes saoudiens, et père de trois garçons et de deux filles.
Il assure travailler 16 heures par jour et affirme avoir été élevé strictement. Proche de son père, il étudie dans son pays sans partir à l'étranger, contrairement à l'élite saoudienne.
Cumulant diverses fonctions de premier plan, MBS est parfois surnommé "Monsieur Fait-tout" par les diplomates.
En novembre 2017, au nom de la lutte "anticorruption", quelque 200 personnalités dont des princes et des hommes d'affaires sont arrêtées lors d'une purge inédite.
Des rafles visent également religieux et intellectuels mais aussi des militants des droits humains, dont des féministes connues. En février 2020, il fait même arrêter des rivaux parmi des princes.
A l'international, Ryad a adopté depuis sa nomination comme héritier du trône une politique plus offensive contre ses rivaux régionaux, Iran et Qatar en tête. Mais, pour réduire les tensions, un dialogue avec l'Iran a commencé et la crise avec Doha a été réglée.
Du temps où il était ministre de la Défense, il a supervisé à partir de 2015 la coalition menée par Ryad au Yémen pour aider militairement le pouvoir face aux rebelles Houthis soutenus par l'Iran.
- Image ternie -
MBS a réussi à s'octroyer "un pouvoir et une influence extraordinaires en très peu de temps", relève Frederic Wehrey, spécialiste du Moyen-Orient à la fondation Carnegie, basée à Washington.
Sur le front intérieur et dans le cadre des réformes sociales, il allège les restrictions imposées aux femmes, leur permettant de conduire et d'obtenir un passeport sans l'autorisation de leur "tuteur" masculin. Il banalise devant un public mixte des événements sportifs et culturels internationaux.
Son image de réformateur va néanmoins être mondialement ternie par l'assassinat en octobre 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, critique du pouvoir, au consulat saoudien à Istanbul.
Malgré des années de disgrâce, il effectue un retour en force sur la scène internationale: MBS reçoit fin 2021 le président français Emmanuel Macron et en 2022 le président turc Recep Tayyip Erdogan qui avait personnellement accusé les "plus hauts niveaux du gouvernement saoudien" d'avoir commandité l'assassinat de Khashoggi.
Après avoir promis de faire de l'Arabie saoudite un "paria" et déclassifié un rapport concluant que MBS avait "validé" l'assassinat, le président américain Joe Biden est venu en juillet dernier en Arabie saoudite pour rencontrer le prince héritier.
X.Matos--PC