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Iran: l'équipe nationale de football rattrapée par le mouvement de protestation
Les manifestations en cours en Iran ébranlent l'équipe nationale de football, dont la préparation pour le Mondial au Qatar (20 novembre-18 décembre) est perturbée par la position à adopter face à la répression du mouvement.
Pour la "Team Melli", cette Coupe du monde à ses portes, la sixième de son histoire, s'annonçait déjà chargée politiquement, avec une rencontre le 29 novembre contre les Etats-Unis, l'ennemi juré, dans le groupe B.
Mais le mouvement de manifestations qui secoue le pays depuis le 16 septembre et la mort de Mahsa Amini, 22 ans, trois jours après son arrestation à Téhéran pour non respect du code vestimentaire, a rattrapé une équipe nationale influente dans un pays passionné de ballon rond.
Lors d'un match amical mardi contre le Sénégal, près de Vienne en Autriche, des manifestants réunis à l'extérieur du stade ont scandé des slogans hostiles aux autorités de Téhéran et appelé les joueurs de l'équipe nationale à soutenir le mouvement en cours en Iran.
"Nous sommes ici pour implorer (l'équipe): s'il vous plaît, soutenez-nous au lieu de vous opposer à nous", a déclaré Mehran Mostaed, l'un des organisateurs du rassemblement.
"Bien sûr qu'il y a des répercussions pour un joueur de football qui exprime son soutien (au mouvement), parce qu'en Iran, les conséquences sont vraiment importantes pour ceux qui s'opposent au régime. Mais, clairement, ils doivent être prêts à en subir les conséquences", a-t-il ajouté.
De fait, les joueurs de la "Melli" ont revêtu une parka noire dépourvue de tout blason et masquant le maillot de l'équipe nationale au moment de la présentation des équipes contre le Sénégal, sans toutefois donner d'explications à ce geste.
- "Honte à vous" -
Plus que tout autre, les déclarations de l'attaquant star de la sélection, Sardar Azmoun, qui évolue dans le club allemand du Bayer Leverkusen, sont scrutées à la loupe.
Plus tôt cette semaine, des blogueurs iraniens amateurs de football ont publié des captures d'écran de messages postés sur le site Instagram d'Azmoun, où le joueur a évoqué le black-out régnant au sein de l'équipe: "en raison des règles restrictives (pesant) sur la Team Melli, je ne peux rien dire".
Mais l'attaquant de 27 ans avait semble-t-il un temps décidé de passer outre, estimant qu'il ne pouvait garder le silence face à la répression du mouvement en Iran qui a fait plusieurs dizaines de morts.
"Cela ne pourra pas être effacé de notre conscience. Honte à vous", avait-il publié. Son commentaire a ensuite été supprimé et le contenu du compte Instagram du joueur, suivi par quelque cinq millions de personne, a disparu pendant plusieurs jours.
Après le match amical avec le Sénégal, où Azmoun, entré en seconde période, a inscrit le but égalisateur de son équipe, son compte Instagram a toutefois refait surface et le joueur a présenté des excuses pour ses prises de position.
"Il n'y a eu aucune pression sur moi pour écrire ou effacer un commentaire sur Instagram", a-t-il expliqué, ajoutant: "il n'y a pas de division au sein de la Team Melli".
"Je présente mes excuses à mes camarades de l'équipe nationale car mes actions précipitées ont suscité des insultes de blogueurs à leur endroit et ont perturbé la paix et l'ordre au sein de l'équipe."
Azmoun a ajouté un autre message pour soutenir une équipe féminine de volley-ball de Gonbad-e Qabus, sa ville natale, en soulignant que la mort d'Amini "a laissé une douleur dans le cœur de la nation que l'histoire n'oubliera jamais".
- Mobilisation des anciennes gloires -
Les manifestants qui réclament le soutien de leur équipe nationale peuvent aussi compter sur l'aura de l'autre grande star du foot iranien, l'ancien attaquant international Ali Karimi.
Ce dernier a multiplié les prises de position sur les réseaux sociaux pour soutenir le mouvement de protestation en cours et dénoncer la mort d'Amini, estimant que "rien ne pourrait effacer cette ignominie".
"Je ne recherche que la paix, le confort et le bien-être des gens aux quatre coins du pays", s'est-il justifié.
Ces déclarations ont été suivies d'un article de l'agence Fars appelant à son arrestation et suggérant que ses biens immobiliers en Iran pourraient être saisis.
D'autres grands noms du football iranien lui ont emboîté le pas, comme Mehdi Mahdavikia, ancien capitaine de la sélection nationale, qui a accusé les autorités d'"ignorer le peuple".
Quant à Ali Daei, un joueur légendaire dans son pays, il a enjoint le régime "de régler les problèmes du peuple iranien plutôt que de recourir à la répression, à la violence et aux arrestations".
L.Henrique--PC