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La démocratie brésilienne à un tournant avec le duel Lula-Bolsonaro
Le Brésil, plus grande démocratie d'Amérique Latine, va vivre des heures décisives dimanche, au premier tour d'une présidentielle extrêmement polarisée, avec le choc entre le favori de gauche Lula et le sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro.
Plus de 156 millions de Brésiliens sont appelés à se rendre aux urnes dans ce pays aux dimensions continentales.
L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), ancien métallo au destin hors norme, brigue à 76 ans un troisième mandat, pour un come-back inespéré quatre ans après son incarcération controversée pour des soupçons de corruption.
Il compte surfer sur la vague du "vote utile", après un appel de nombreuses personnalités pour se rallier à lui dès dimanche, afin d'éviter un second tour incertain le 30 octobre.
Les célébrités ont choisi leur camp: de nombreuses stars de la chanson, comme Anitta ou Caetano Veloso, sont du côté de Lula, mais la superstar du football Neymar a affiché jeudi son soutien à Bolsonaro.
Le président d'extrême droite, 67 ans, a vu sa popularité plombée par la crise du Covid-19 et les problèmes économiques et sociaux d'un pays où plus de 30 millions de personnes souffrent de la faim.
Mais il demeure convaincu qu'il sera réélu, malgré son important retard dans les sondages.
L'ancien parachutiste a même insinué la semaine dernière qu'il serait "anormal" qu'il ne gagne pas avec 60% des voix dimanche, laissant planer une nouvelle fois la menace qu'il contesterait les résultats des urnes électroniques, invoquant des "fraudes".
Pourtant, il a été une nouvelle fois largement distancé par Lula dans le dernier sondage de l'institut Datafolha, publié jeudi soir.
L'ancien syndicaliste est crédité de 48% des intentions de vote, contre seulement 34% pour Bolsonaro.
- "Bien contre le mal" -
"Ce qui est en jeu, c'est la démocratie contre le fascisme", a lancé de sa voix rauque le tribun de gauche lors d'un meeting le mois dernier.
Le président d'extrême droite, pour sa part n'a cessé d'évoquer une "lutte du bien contre le mal" dans ses discours pleins de références bibliques.
Son mandat a été marqué par de nombreuses turbulences et polémiques, avec une déforestation record en Amazonie, des démissions de ministres et des attaques répétées contre les institutions et les journalistes.
Soutenu par les évangéliques et par le puissant lobby de l'agronégoce, cet ancien capitaine de l'armée fait l'apologie enthousiaste de la dictature militaire (1964-1985) et a nommé des dizaines de gradés à des postes importants de son administration.
Le dernier débat télévisé jeudi soir a été plein d'acrimonie, les deux candidats se traitant mutuellement de "menteur" et de "corrompu".
"C'est la démocratie qui est en jeu dans les urnes", dit à l'AFP Michael Shifter, analyste politique du think tank Inter American Dialogue, qualifiant Bolsonaro de "président le plus antidémocratique depuis le régime militaire".
Selon lui, le risque de violences en cas de contestation du résultat des urnes est réel: "c'est assez probable" que des troubles similaires à l'invasion du Capitole en janvier 2021 à Washington viennent entacher le scrutin si le président sortant crie à la fraude.
- Pays surarmé -
Mardi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, a dit que les Etats-Unis allaient "suivre de près" l'élection brésilienne, espérant qu'elle soit conduite d'une manière libre, juste, transparente et crédible.
Les permis de possession d'une arme à feu ont été presque multipliés par six sous Bolsonaro, à la faveur de décrets présidentiels controversés et retoqués récemment par la Cour suprême.
Le chef de l'Etat va voter le matin à Rio de Janeiro, son fief électoral, puis retourner dans la capitale Brasilia pour suivre les résultats, selon sa campagne.
Lula doit voter à Sao Bernardo do Campo, ville industrielle proche de Sao Paulo où il a été tourneur-fraiseur, avant de devenir leader syndical dans les années 70.
Les Brésiliens vont aussi élire leurs gouverneurs, un tiers des sénateurs, les députés fédéraux et ceux qui vont siéger aux assemblées législatives de chacun des 27 Etats du pays.
Les bureaux de vote doivent ouvrir dimanche à 8h00 (11h00 GMT) et fermer à 17h00 (20h00 GMT). Les résultats devraient être connus environ deux heures plus tard.
G.M.Castelo--PC