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Ethiopie: gouvernement et rebelles du Tigré acceptent une invitation de l'UA à discuter
Gouvernement éthiopien et rebelles de la région septentrionale du Tigré se sont dit disposés mercredi à se rendre à des pourparlers en Afrique du Sud auxquels les a invités l'Union africaine (UA).
Redwan Hussein, conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé que le gouvernement avait "accepté" l'invitation de l'UA et le chef des autorités rebelles du Tigré Debretsion Gebremichael s'est dit "prêt" à envoyer des négociateurs, tout en soulevant des questions sur les modalités des discussions.
Selon une lettre envoyée aux deux parties par le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, et transmise à l'AFP par le ministère sud-africain des Affaires étrangères, ces pourparlers sont prévus ce weekend en Afrique du Sud, pour tenter de mettre fin à presque deux ans de conflit dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique.
L'UA "a envoyé une invitation à des discussions de paix. Le gouvernement d'Ethiopie a accepté cette invitation, dans la lignée de notre position de principe concernant la résolution pacifique du conflit et la nécessité de discussions sans préconditions", a indiqué dans un tweet dans la matinée Redwan Hussein.
Dans la soirée, les autorités rebelles du Tigré ont publié un communiqué de M. Debretsion, dans lequel il indique à M. Faki être prêt à envoyer "une équipe de négociateurs en Afrique du Sud" tout en demandant des "clarifications sur certaines questions".
"Y aura-t-il des acteurs supplémentaires invités en tant que participants, observateurs ou garants, quel rôle envisagez-vous pour la communauté internationale", demande notamment M. Debretsion.
La lettre d'invitation de l'UA parle de "discussions entre les deux parties" et ne cite que le gouvernement éthiopien et les rebelles, semblant indiquer que l'Erythrée voisine, un des pays les plus fermés et autoritaires au monde, dont l'armée épaule les forces gouvernementales éthiopiennes, n'est pas invitée.
Les rebelles tigréens ont toujours déclaré qu'ils refuseraient la présence d'Asmara à d'éventuels pourparlers.
Interrogé par l'AFP sur ces pourparlers, la porte-parole du président de la Commission de l'UA, Ebba Kalondo, a répondu que les détails seraient communiqués "au moment opportun, en consultations avec les parties".
La missive de M. Faki indique aussi que les discussions se feront sous l'égide de l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo - envoyé spécial de l'UA pour la Corne de l'Afrique -, assisté de l'ancien président kényan Uhuru Kenyatta et de l'ex-vice-présidente sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka.
Après cinq mois de trêve, qui avaient laissé entrevoir des espoirs de négociations de paix, les combats ont repris le 24 août dans le nord de l'Ethiopie entre les rebelles tigréens et l'armée fédérale éthiopienne, épaulée par des forces des régions frontalières du Tigré et par celles de l'Erythrée.
Déjà venu en septembre, l'envoyé spécial américain pour la Corne de l'Afrique Mike Hammer est de retour dans la région depuis le 3 octobre pour "parvenir à une cessation immédiate des hostilités dans le nord de l'Ethiopie et soutenir le lancement de pourparlers de paix sous l'égide de l'Union africaine", selon le département d'Etat.
Il était jeudi à Nairobi, selon l'ambassade américaine au Kenya.
- Hostilités à huis clos -
Le conflit dans le nord éthiopien a commencé en novembre 2020 quand Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale éthiopienne au Tigré pour en déloger les dirigeants du gouvernement régional, qui contestaient son autorité et qu'il accusait d'avoir attaqué des bases militaires sur place.
Les hostilités se déroulent largement à huis clos, le nord de l'Ethiopie étant interdit aux journalistes et le Tigré largement coupé du monde.
Selon des sources concordantes, les forces fédérales et régionales éthiopiennes et les troupes érythréennes prennent le Tigré en tenailles, menant des offensives depuis les quatre points cardinaux.
L'armée de l'Erythrée a en septembre franchi en plusieurs endroits les quelque 500 km de frontière séparant le pays du nord du Tigré mais a peu progressé, selon ces sources, et les positions sur le terrain ont peu évolué ces dernières semaines, malgré des combats meurtriers.
Rapidement défaits en novembre 2020, les rebelles tigréens ont ensuite repris mi-2021 le contrôle de l'essentiel du Tigré lors d'une contre-offensive qui les a vus s'approcher d'Addis Abeba. Ils s'étaient ensuite repliés vers le Tigré et accusent depuis le gouvernement "d'assiéger" la région, ce que ce dernier dément.
Le bilan de cette guerre meurtrière est inconnu. Mais elle a déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d'Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l'ONU.
Région de six millions d'habitants, le Tigré est privé depuis plus d'un an d'électricité, de télécommunications, de services bancaires ou de carburant et l'ONU a totalement interrompu l'acheminement de son aide humanitaire depuis la reprise des combats.
A.Aguiar--PC