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COP27: la Soudanaise Nisreen Elsaim plaide pour le climat et la démocratie
A la COP27, la jeune militante soudanaise Nisreen Elsaim portera deux causes: la démocratie et la protection de l'environnement, indissociables selon elle, tout particulièrement dans son pays déchiré par les crises et rendu plus vulnérable encore par le réchauffement climatique.
Cheffe des jeunes conseillers climat du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, cette diplômée en physique et en énergies renouvelables de 27 ans est devenue une figure incontournable de la jeunesse africaine.
En dix ans de militantisme, Nisreen Elsaim a déjà vu les effets du changement climatique. "On a constaté une hausse sensible de la température", affirme-t-elle dans un entretien avec l'AFP. "Il n'y a plus d'hiver" au Soudan, où règne une chaleur étouffante pendant la majeure partie de l'année et où des pluies diluviennes ont de nouveau fait près de 150 morts cette année, s'alarme-t-elle.
Donc, répète-t-elle inlassablement, "le changement climatique doit devenir une priorité au Soudan", l'un des pays les plus pauvres au monde, déchiré depuis des décennies par la violence.
Trop souvent, dit-elle, les effets dévastateurs du réchauffement de la planète sont ignorés. Pourtant, ils alimentent les nombreuses "crises qui secouent le Soudan".
Dans un pays où les armes sont nombreuses, les conflits tribaux pour le bétail ou l'accès à l'eau et aux pâturages font chaque année des centaines de morts.
- "Premier" conflit climatique -
"Ces conflits naissent de la raréfaction des ressources", explique la jeune femme, son voile négligemment jeté sur les cheveux, à la mode soudanaise. "Et la raison de cette raréfaction, c'est le changement climatique".
Ce fut déjà le cas au Darfour, une région de l'ouest du pays ravagée par une guerre civile lancée en 2003 sous la dictature d'Omar el-Béchir qui n'a pas hésité, selon les défenseurs des droits humains, à pratiquer la politique de la terre brûlée, violant, tuant, pillant et incendiant les villages, faisant 300.000 morts et plus de deux millions de déplacés.
Les observateurs y ont vu le "premier" conflit mondial lié au changement climatique. En 2007, le secrétaire général des Nations unies d'alors, Ban Ki-Moon, notait que ce n'était "pas par accident que la violence au Darfour était survenue pendant la sécheresse".
Depuis, le Soudan a connu de nombreux soubresauts. Notamment, il y a un an, un nouveau coup d'Etat militaire qui a interrompu la transition démocratique lancée en 2019 après la "révolution" ayant renversé Béchir.
"Je n'ai pas raté une seule manifestation", affirme fièrement la jeune militante qui appelle aujourd'hui au retour des civils au gouvernement.
Elle continue de dénoncer l'armée dans un pays de nouveau sous sa coupe, où rares sont les espaces d'expression pour la jeunesse alors que 62% de la population a moins de 30 ans.
- "Je coche toutes les cases" -
Mais Nisreen Elsaim a décidé de se faire entendre. A Khartoum, New York ou Paris, en arabe ou en anglais, elle répète le message de sa génération: il faut mettre fin aux conflits et s'occuper sérieusement de sauver la planète.
"Avec ma formation scientifique, ajoutée au fait que je sois africaine, femme et musulmane, on peut dire que je coche toutes les cases", s'amusait-elle l'an dernier sur Radio Dabanga, voix dissidente en exil.
Forte de ce statut, elle n'hésite pas à dénoncer les nations développées qui portent la plus grande responsabilité du changement climatique. Mais tout en appelant le Soudan à prendre aussi des décisions drastiques.
"Nous devons repenser notre agriculture et améliorer notre gestion de l'eau", plaide celle qui veut aussi "arrêter d'avoir recours au charbon, trop souvent utilisé comme source d'énergie au Soudan".
A la COP27, la conférence l'ONU sur le climat qui s'ouvrira le 6 novembre en Egypte, un pays voisin du Soudan, elle redira tout cela, même si elle concède que les progrès en matière climatique sont "très modestes".
"Ils ne nous sauveront pas", dit-elle. "Mais c'est toujours mieux que rien".
F.Carias--PC