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Argentine: le procès Maradona en péril après la récusation d'une juge
Deux mois d'audience pour rien ? Le procès sur la mort de Maradona était mardi sur le fil du rasoir, à risque de nullité, après la récusation de l'une des trois juges, pour avoir collaboré, à l'insu de tous, à la préparation d'un documentaire.
Le président du tribunal de San Isidro (nord de Buenos Aires) Maximiliano Savarino, a ordonné "la mise à l'écart de la Dr (Julieta) Makintach", considérant qu'"ont été prouvées des circonstances affectant (son) impartialité" après avoir entendu les arguments des parties pour une récusation. "Ce qui s'est passé et a été vérifié est extrêmement grave".
Puis il a ordonné une suspension d'audience, avant d'entendre leurs arguments sur la poursuite éventuelle du procès, avec désignation d'un nouveau juge, ou sa nullité, partielle ou totale.
Après sept jours de suspension, le procès, au parfum désormais de débâcle judiciaire, a repris mardi de sept professionnels de santé - médecins, psychiatre, psychologue, infirmiers, jugés pour négligences ayant potentiellement entraîné la mort de l'astre du football, en novembre 2020 sur un lit de convalescence à domicile, en post-neurochirurgie.
Mais loin de se concentrer sur Diego, ses soins, ou leurs manquements, l'audience entière a été consacrée aux arguments de l'accusation, des avocats de la défense, de la famille, qui l'un après l'autre ont réclamé le dessaisissement de la juge Makintach.
- Une série "Justice Divine" -
Auparavant, l'audience, incrédule, a visionné des extraits d'une mini-série documentaire en préparation, trailer stylisé compris: "Une idole, une juge, un procès: la juge derrière D10S", promettait la bande-annonce mettant la juge Makintach en vedette.
Le titre provisoire ? "Justice Divine", référence encore au "Dieu" Maradona, à jamais idole des Argentins.
Ces images avaient été saisies lors d'une série de perquisitions depuis une semaine - depuis les premières demandes de récusation. Elles faisaient suite à la présence remarquée en audience, en mars, de personnes paraissant filmer les débats, où les caméras étaient strictement interdites.
Le scandale s'est amplifié avec la fuite dans la presse d'images de vidéosurveillance montrant la juge parcourant, le dimanche juste avant le procès, les locaux du tribunal, filmés par une équipe, avec plusieurs prises, donnant des bouts d'interview, sur son métier, mais aussi sur le début du procès.
Mardi, la magistrate de 47 ans, s'est défendue de toute "partialité", niant avoir fait "quoi que ce soit d'irrégulier" sinon avoir "donné une interview à une amie d'enfance, parlant de la justice", dans le but de "rapprocher la justice de la société".
Le procureur Patricio Ferrari, appuyant la récusation l'a accusée d'avoir "menti à tous". Et d'avoir "agi comme une actrice, non comme une juge, dans une téléréalité".
Fernando Burlando, avocat des filles aînées Maradona, a dénoncé une "utilisation du mécanisme judiciaire pour un intérêt personnel", conduite "relevant d'une violation des préceptes éthiques, moraux et légaux".
Auparavant, il avait dénoncé "un scandale d'une ampleur telle que le monde entier parle de la justice argentine comme du pire des exemples", et fulminé autant contre la "négligence" du tribunal de San Isidro que le "narcissisme" de la magistrate.
Finalement, la juge Makintach a pris acte de sa récusation, et dit espérer "que le procès puisse continuer sans moi".
Ces derniers jours, les parties spéculaient sur le fait que le procès pourrait se poursuivre, avec un nouveau juge en lieu de Julieta Makintach. D'autres, avocats ou observateurs extérieurs, penchaient pour la nullité.
- "Ceci est vicié" -
"Le procès ne peut pas continuer, il doit être annulé, même si c'est une honte et un manque total de respect pour Maradona, ses sœurs, ses filles et tous les Argentins qui veulent une justice équitable", a estimé pour l'AFP Adrian Tenca, pénaliste de l'Université de Buenos Aires.
"Tout le monde a désormais la sensation que ceci est vicié (...) le plus sain est qu'on recommence tout à zéro", a estimé Mario Baudry, avocat de Veronica Ojeda, ex-compagne de Maradona. Selon lui, si toutes les parties se mettent d'accord, un nouveau trio de juges pourrait être désigné en vue d'une reprise du procès. Peut-être vers janvier 2026, a-t-il spéculé.
Difficile de percevoir a priori à qui bénéficierait le long report d'un procès qui déjà avançait péniblement, à raison de deux audiences par semaine. Et où la majorité des témoignages, quelque 40 à ce jour, ont surtout convergé vers le piètre niveau de soins, d'équipement médical, sur le lieu de convalescence fatal de Maradona à Tigre (nord de Buenos Aires). Sans pour autant dessiner, à ce stade, un clair niveau de responsabilité, ou d'intentionnalité.
Les accusés, qui déclinent toute responsabilité dans le décès, encourent 8 à 25 ans de prison. Seule l'une d'entre eux a été -brièvement- entendue à ce jour depuis le début du procès.
A.Aguiar--PC