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Climat : au Népal, le cri d'alarme du fils du premier vainqueur de l'Everest
À la veille de la sortie d'un film retraçant la vie de l'un des deux conquérants de l'Everest, Tenzing Norgay Sherpa, son fils s'inquiète des dangers croissants que fait peser le réchauffement de la planète sur l'Himalaya et tous ceux qui tentent de gravir ses sommets.
"Tenzing", disponible à partir de vendredi sur la plateforme Apple TV, raconte la première ascension en 1953 du sommet le plus haut de la planète (8.849 m) du point de vue du grimpeur népalais, longtemps dans l'ombre de son compagnon de cordée néo-zélandais Edmund Hillary.
La sortie du "biopic" intervient un mois et demi après l'inondation catastrophique qui a frappé le nord du Népal, faisant plus de 1.500 morts et 5.000 disparus.
Ce "tsunami des montagnes", causé par l'effondrement d'un glacier et du pan d'un sommet du nord du pays, à la frontière chinoise, a été largement attribué par les scientifiques au changement climatique.
"C'est un avertissement pour nous tous", estime dans un entretien accordé à l'AFP Jamling Tenzing Norgay Sherpa, 61 ans, le fils du vainqueur de l'Everest.
"Le Népal est particulièrement vulnérable (au réchauffement mondial des températures) car la moitié de son territoire est constituée de montagnes", dit-il, "tous ceux qui vivent le long des rivières dans les vallées sont affectés".
Il y a deux ans, le village de son père, Thame, à 3.800 m d'altitude, a été balayé par une vague provoquée par la rupture en amont d'un lac glaciaire (GLOF).
- "Modèle" -
"C'est une terrible menace", juge M.
Sherpa. "Les glaciers fondent (...) le niveau des lacs augmente et ils finissent par rompre (...) A Thame, la moitié du village a été anéantie".
Lui aussi habité par la passion de l'alpinisme, le sexagénaire a réalisé son rêve en 1996 en atteignant à son tour le "toit du monde", comme son père. "Je l'ai toujours considéré comme mon modèle", confie-t-il, "il était mon héros".
Aujourd'hui, l'héritier s'inquiète, photos à l'appui, des transformations de l'Everest sous l'effet de la hausse des températures.
Des grimpeurs lui ont récemment assuré que de l'eau liquide commençait à apparaître sur ses pentes dès le camp 2, à 6.400 m d'altitude. "Il n'y a jamais eu d'eau avant là-haut", assure-t-il, "rien que de la glace..."
La fonte accélérée des glaciers de l'Himalaya, documentée depuis des années par les scientifiques, modifie les conditions d'ascension des sommets, soumis à une météo plus imprévisible et à des risques d'avalanche accrus.
"Il va désormais falloir regarder la montagne et la façon dont il convient de l'escalader avec beaucoup plus de prudence", met en garde Jamling Tenzing Norgay Sherpa.
Un avertissement qui va bien au-delà du seul Himalaya. "Si nous ne commençons pas à prendre sérieusement soin de notre planète, nous allons en payer le prix."
- "Grimper pour vivre" -
Loin de ces inquiétudes, le sexagénaire confie se réjouir que le film "Tenzing" vienne enfin réparer l'injustice historique faite à son père, longtemps considéré comme le simple porteur ou assistant d'Edmund Hillary.
"Il était temps qu'un film s'intéresse à mon père, à sa vie", confie M. Sherpa. "En même temps", s'empresse-t-il d'ajouter, "lui-même s'en moquait un peu, il ne grimpait pas pour la gloire mais parce que c'était sa passion".
Au fil des ans, le patronyme familial - Sherpa - est devenu un nom commun, utilisé pour désigner tous les guides népalais et synonyme de courage, de force, d'abnégation.
Si la montagne était d'abord une passion pour son père, elle est aujourd'hui devenue une industrie, qui permet à de riches aventuriers de se lancer à l'assaut de ses plus hauts sommets, et un moyen de subsistance pour ses habitants.
"Les Sherpas grimpent aujourd'hui pour garnir leur assiette, nourrir leur famille, offrir une meilleure éducation à leurs enfants", dit Jamling Tenzing Norgay Sherpa, "et leur éviter de devoir faire la même chose qu'eux".
Le changement climatique menace de bouleverser ce modèle pour les futures générations de Népalais.
"Quand (mon père) vivait encore, avant les années 1980, personne ne parlait de changement climatique parce que nous n'en voyions pas les effets", conclut-il, "maintenant ils sont évidents, et c'est très inquiétant".
F.Santana--PC