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Procès du 13-Novembre: Mohamed Abrini, premier accusé interrogé sur une nuit de terreur
Après 100 jours d'audience, des explications ? Au procès du 13-Novembre, Mohamed Abrini ouvre mardi la phase des interrogatoires des accusés sur le déroulé d'une nuit de terreur, celle des pires attentats jihadistes commis sur le sol français.
Mohamed Abrini lui-même l'a qualifié de "convoi de la mort": le 12 novembre 2015, les commandos jihadistes quittent la capitale belge pour la région parisienne.
Le 13 novembre, trois "kamikazes" se font exploser au Stade de France, trois autres hommes mitraillent des terrasses de cafés à Paris et trois Français - également de retour de Syrie - commettent un massacre au Bataclan. Leurs attaques font 130 morts et des centaines de blessés. Ces neuf jihadistes sont décédés.
Avec quelques jours d'avance sur le calendrier d'audience de la cour d'assises spéciale de Paris, Mohamed Abrini a affirmé la semaine dernière qu'il était lui aussi "prévu pour le 13-Novembre".
La veille des attentats, il avait accompagné les commandos vers Paris mais était reparti le soir même, en taxi. Aux enquêteurs, il a toujours soutenu qu'il était uniquement venu accompagner ses amis "dans leur dernier souffle", une prise de risque étonnante jugée peu crédible.
L'accusation estime plutôt que Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" qui a abandonné son chariot d'explosifs et pris la fuite lors des attentats de Bruxelles le 22 mars 2016, avait déjà renoncé quatre mois plus tôt.
Mardi dernier, il a promis "d'éclairer la lanterne" de la cour sur le rôle qui devait lui être dévolu cette soirée funeste du 13-Novembre.
Mais le Belge de 37 ans, bavard pendant l'instruction et depuis le début du procès, sera-t-il lui aussi frappé par la contagion qui semble avoir gagné le box, celle du silence gardé par plusieurs accusés ?
Outre le logisticien présumé Mohamed Bakkali, le Suédois Osama Krayem et le Tunisien Sofien Ayari ont refusé de s'expliquer sur leur périple en Europe à leur retour de Syrie, évoquant l'"acharnement" vain à se défendre dans un procès "illusoire".
Soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat à l'aéroport d'Amsterdam le 13-Novembre, Osama Krayem et Sofien Ayari ont d'ores et déjà prévenu qu'ils continueraient à exercer leur droit de se taire lors de leur interrogatoire prévu vendredi.
- "Permis de douter" -
Après Mohamed Abrini, la cour d'assises entendra mercredi et jeudi Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos.
Les attentes, notamment des parties civiles, sont là aussi immenses. Mais quand il a été question mi-mars d'évoquer les différents allers-retours qu'il a effectués pour aller récupérer des membres de la cellule jihadiste en Europe, Salah Abdeslam s'est montré avare de détails, opposant des "no comment" aux questions précises.
Lors de son premier interrogatoire sur le fond du dossier, en février, le "dixième homme" des commandos a laissé entendre qu'il avait renoncé à tuer le 13-Novembre.
"Quand on est en prison", à l'isolement et surveillé en permanence, "on se dit +j'aurais dû l'enclencher ce truc, est-ce que j'ai bien fait de faire marche arrière ou j'aurais dû aller jusqu'au bout?+", avait lâché le Français de 32 ans.
Il avait ensuite dit réserver ses explications pour "plus tard".
En mars 2016, après quatre mois de cavale et son arrestation en Belgique, il avait déjà affirmé avoir "renoncé" à actionner sa ceinture explosive. Avant de garder le silence pendant les cinq années suivantes, jusqu'au procès.
Salah Abdeslam avait à l'époque expliqué qu'il aurait dû se faire exploser au Stade de France, mais qu'il avait changé d'avis en arrivant sur place. Il aurait alors déposé les trois autres kamikazes et repris la route, avant d'abandonner sa voiture dans le 18e arrondissement, puis sa ceinture explosive au sud de Paris.
Une thèse dont il "est permis de douter" selon l'accusation. D'abord parce que le communiqué de revendication de l'organisation Etat islamique (EI) mentionne une attaque "dans le 18e arrondissement", là où la voiture a été retrouvée, et qui n'a pas eu lieu. Ensuite parce que les experts ont établi que la ceinture était défectueuse. Enfin parce que Salah Abdeslam aurait dit à plusieurs proches qu'elle n'avait pas fonctionné.
E.Ramalho--PC