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Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille
Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille / Photo: GERARD JULIEN - AFP/Archives

Le drame des effondrements de la rue d'Aubagne à nouveau en procès à Marseille

Huit ans presque jour pour jour après le drame de la rue d'Aubagne, le procès en appel des effondrements mortels, au coeur de Marseille, de deux immeubles rongés par l'insalubrité, s'ouvre lundi.

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La salle dédiée aux affaires "hors norme" accueillera à partir de 14H00, et jusqu'au 18 décembre, les audiences de ce procès de l'habitat indigne, fléau de la deuxième ville de France. Près de 90 parties civiles seront représentées face à quinze prévenus.

Les proches des huit résidents tués sont toujours en quête de peines exemplaires pour ceux qu'ils estiment responsables de l'accident qui a traumatisé la cité phocéenne: le 5 novembre 2018 à 09H07, les bâtiments des 63 et 65 de la rue d'Aubagne, à quelques centaines de mètres du Vieux-Port, se sont écroulés sur eux-mêmes, en quelques secondes, après plusieurs signaux d'alerte insuffisamment pris en compte.

En mémoire des cinq hommes et trois femmes, âgés entre 30 et 58 ans, qui ont perdu la vie ce jour-là, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche, près des lieux du drame. Leurs slogans : "Habitant.es dignes face à l'indigne" ou "Plus jamais ça".

À l'issue du procès de l'automne 2024, le tribunal avait prononcé dix condamnations, dont trois à de la prison ferme, six relaxes, et 358.000 euros d'amende, un jugement moins sévère que les réquisitions du parquet.

- "Désillusion" -

"La faible sévérité des peines" en première instance a été une "désillusion", selon Kevin Vacher, porte-parole du collectif du 5-Novembre, né dans le sillage de cette catastrophe.

Notamment celles prononcées à l'encontre des deux principaux prévenus, l'expert-architecte Richard Carta, reconnu coupable de "faute caractérisée" pour avoir bâclé une expertise de l'immeuble peu de temps avant le drame, et l'ex-adjoint au maire chargé du logement insalubre, Julien Ruas, accusé de n'avoir pas traité sérieusement les alertes reçues.

Tous deux avaient été condamnés à deux ans de prison avec sursis ainsi qu'à des interdictions d'exercice de leur profession.

"Pour nous, les infractions reprochées sont involontaires et on a montré qu'aucune faute n'avait été commise au regard des informations qui avaient été remontées", a expliqué à l'AFP Erick Campana, conseil de M. Ruas, qui plaidera à nouveau sa relaxe.

Le parquet a également demandé un nouvel examen des condamnations des copropriétaires, dont Xavier Cachard, avocat du syndic et ex-élu au conseil régional Paca et Gilbert Ardilly, dans l'appartement duquel vivait un garçon comorien de 8 ans dont la mère a péri. Tous deux avaient été condamnés à quatre ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique, les plus lourdes peines du procès.

Le jugement avait relevé leur "indifférence" pour l'état déplorable des logements qu'ils louaient, et même, pour l'avocat du syndic, "une stratégie d'obstruction de réalisation des travaux nécessaires" dans l'immeuble.

Le procès en correctionnelle avait permis d'établir que les effondrements des numéros 63 (vide) et 65 étaient inéluctables vu l'état du bâti. Mais aucune mise à l'abri des locataires n'avait été décidée et les travaux entrepris s'étaient avérés inefficaces voire contreproductifs.

- Toujours 40.000 logements indignes -

Le parquet a de même fait appel des condamnations du syndic du numéro 65 (100.000 euros d'amende et interdiction professionnelle) et de son ancien gestionnaire (trois ans de prison avec sursis, 8.000 euros d'amende et interdiction professionnelle).

Il a enfin contesté les relaxes prononcées pour le bailleur social Marseille Habitat, son ancien directeur général et trois copropriétaires du 65 rue d'Aubagne.

"L'habitat indigne tue, brise des vies toujours trop nombreuses : il ne doit plus jamais rester impuni", affirme à l'AFP le maire divers gauche Benoît Payan, ajoutant que "la justice doit être exemplaire et porter aux yeux de tous la réalité du drame qu’est le logement indigne dans notre ville et ailleurs".

Le procès avait jeté une lumière crue sur l'inaction de la précédente majorité municipale contre l'habitat indigne, dans une ville dirigée durant 25 ans par le maire LR Jean-Claude Gaudin, dont le parti a perdu la mairie deux ans après le drame.

Le mal-logement reste massif à Marseille qui compte près de 40.000 taudis, la majorité de gauche revendiquant avoir sorti 1.000 immeubles du péril.

P.Queiroz--PC