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C'était "un miracle humain": la difficile fermeture de la maternité des Lilas
Elle a accompagné des milliers de femmes sur plusieurs générations, dans la grossesse et l'accouchement: après 60 ans d'activité la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis) ferme ses portes pour raisons financières vendredi à 20H00, suscitant la tristesse et le désarroi des patientes et du personnel.
Sur la haute façade en bois, aucune banderole n'est accrochée. Le site internet propose toujours des rendez-vous pour une consultation grossesse. "Un déni de réalité", confie Angélique Kuipers, 30 ans, sage-femme aux Lilas depuis cinq ans et demi.
Fondée en 1964, la petite clinique engagée est l'une des premières en France à avoir pratiqué les méthodes d'"accouchement sans douleur" venues d'URSS et à avoir milité pour la légalisation de l'avortement avant la loi Veil de 1975.
"Elle a été la maman du féminisme", affirme Chantal Birman, 75 ans, arrivée comme sage-femme en 1970 à la maternité "où l'ambiance soixante-huitarde était dingue". "C'est un miracle humain, les Lilas", estime la désormais retraitée, après 49 ans passés dans la clinique.
Un cocon loin des salles et couloirs anonymes des grands hôpitaux.
Rosie Clear, mère d'une petite Alma de deux mois et demi, avait d'abord choisi Tenon de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), tout près de chez elle, pour accoucher. "Mais je n'ai pas du tout aimé. Il y avait beaucoup de monde, de bruit, c'était grand et mal organisé". La Britannique, professeure d'anglais à Paris, a alors entendu parler des Lilas et de "sa taille plus humaine".
"Là-bas, on n'a pas l'impression d'être à l'hôpital", se souvient Claire Poisson, 57 ans, enseignante à Paris.
- "La femme au coeur de tout" -
C'est d'ailleurs pour cette raison que Laure Brassart, 41 ans, a choisi la clinique il y a trois ans. "Je sortais d'un long parcours de PMA (procréation médicalement assistée) très médicalisé et j'avais envie d'un suivi physiologique et naturel".
Car la maternité s'est fondée sur un credo: le droit des femmes à disposer librement de leur corps et de la manière la plus naturelle possible.
En entrant dans la clinique, le regard se pose sur des portraits de femmes inspirantes accrochés aux murs, des messages comme des mantras, glorifiant la femme, la mère et aussi celle qui choisit de ne pas le devenir.
"Là-bas, la femme est au coeur de tout", confirme Chantal Birman. "Et ce qui est important pour nous, c'est qu'elle accouche comme elle en a envie. Sur le dos, sur le côté, debout, à quatre pattes, dans l'eau, avec péridurale ou non. C'est elle qui décide", explique l'ancienne sage-femme, tout en précisant que ces choix sont validés en concertation avec l'équipe médicale.
Des soignants qui travaillent en lien étroit avec les futures mères. "C'est une relation de confiance mutuelle, d'égal à égal, grâce notamment au tutoiement et à l'utilisation des prénoms", insiste Angélique Kuipers.
Journaliste à Paris, Sophie Guenet, 46 ans, se souvient avec émotion de la proximité avec l'équipe quand elle a eu sa fille il y a 13 ans. Mais aussi quelques années plus tard après une fausse couche: "J'y ai été accompagnée avec douceur et beaucoup de compassion".
La clinique, qui compte 19 chambres et quatre salles de naissance ainsi qu'un centre d'IVG, était en sursis depuis des années, victime de difficultés financières. Sauvée à plusieurs reprises, elle va définitivement fermer, la Haute autorité de santé (ARS) ayant retiré sa certification.
"C'est vrai que les bâtiments sont vétustes. Je me souviens m'être dit: +C'est vraiment pas le luxe ici+, mais justement, ce n'est pas pour ça qu'on choisit Les Lilas", explique Rosie Clear.
"La santé, la maternité, la vie d'une mère ou d'un nouveau-né ne seront jamais rentables", regrette Tita Szalewa, sage-femme de 28 ans.
"La première cause de mortalité des femmes en France en période périnatale est le suicide. Mais on ferme les maternités comme la nôtre qui axait la prise en charge sur les patientes et pas seulement sur le côté médical", ajoute sa collègue Chloé Virefleau.
"Ma mère a accouché aux Lilas de mon frère en 1973, j'y ai eu mes trois enfants et ma fille y a accouché en juillet. C'est une histoire de famille!", sourit Claire Poisson. "Malheureusement, elle s'arrête là", conclut la jeune grand-mère.
B.Godinho--PC