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Dans les élections en Afrique, il y a souvent un grand absent: l'opposition
Il y a souvent un absent de taille dans les élections africaines: l'opposition. De nombreux présidents rivalisent de moyens pour empêcher les opposants de défier leur pouvoir, s'assurant ainsi une victoire prévisible. Au risque d'embraser le pays et de saper la confiance dans la démocratie.
En Tanzanie, les élection présidentielle et législatives ont dégénéré mercredi en violences, plongeant ce pays d'Afrique de l'Est dans le chaos.
Des centaines de manifestants ont manifesté leur colère dans la rue après que les deux principaux rivaux de la présidente Samia Suluhu Hassan ont été soit emprisonné, soit empêché de se présenter.
La veille, le président ivoirien Alassane Ouattara avait sans surprise rempilé pour un quatrième mandat avec près de 90% des voix, ses deux principaux opposants ayant été également exclus de la course.
Un peu plus tôt, au Cameroun, le chef d'Etat le plus âgé au monde, Paul Biya, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 1982, a décroché son huitième mandat. Son principal adversaire avait été empêché de se présenter par la cour constitutionnelle.
Ces dernières années, la démocratie a décliné sur tous les continents, de l'Asie à l'Afrique en passant par les Amériques, les régimes autoritaires rivalisant d'imagination pour bloquer leurs principaux opposants.
- "Crise de la gouvernance" -
Sur le continent africain, la tendance est frappante, révélant une "crise de la gouvernance démocratique", selon Heritier Brilland Ndakpanga, du Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG qui oeuvre à la prévention et à la résolution des conflits armés dans le monde.
Pourtant, 2024 avait été une année faste pour la démocratie africaine, avec des alternances pacifiques au Ghana, au Botswana, à Maurice et au Sénégal.
Mais ces pays ont toujours compté parmi les plus démocratiques du continent. Et les résultats peuvent justement avoir encouragé d'autres gouvernements à ne prendre aucun risque dans les urnes. Avec des commissions électorales, pourtant censées être indépendantes, qui sont souvent utilisées pour disqualifier les opposants les plus menaçants, selon les analystes interrogés par l'AFP.
L'organisation des élections est "entre les mains non seulement du gouvernement... mais de ses parties les plus intransigeantes", a affirmé Stephane Akoa, politologue au Cameroun, déplorant une "perversion du système".
En Centrafrique, l'opposition a décidé de boycotter les élections générales du 28 décembre, accusant le pouvoir de verrouiller le processus électoral. En Tanzanie, le chef de l'opposition Tundu Lissu avait appelé à des réformes électorales: il a été emprisonné pour trahison et attend son procès derrière les barreaux.
En coulisse, les élites des milieux politiques et économiques de ces pays veulent s'assurer que leurs intérêts ne seront pas remis en question par un changement de régime. Ils doivent maintenant faire face aux jeunes générations exigeant une meilleure gouvernance et des emplois.
Au Kenya, les manifestations de la Génération Z ont été violemment réprimées. En revanche, elles ont conduit à Madagascar au renversement par l'armée du président Andry Rajoelina, qui a fui à l'étranger.
"Les gens deviennent plus difficiles à contrôler et créent des mouvements d'opposition plus efficaces. Et les gouvernements répondent avec le mécanisme qu'ils ont utilisé dans le passé, à savoir la répression", a expliqué Nic Cheeseman, expert des élections africaines à l'université britannique de Birmingham.
Dans le même temps, il y a de moins en moins de pression de l'extérieur, de nouveaux partenaires internationaux moins regardants sur les valeurs démocratiques ayant émergé en Afrique, notamment la Chine, la Russie, la Turquie et les Emirats arabes unis.
- "Compétition géopolitique" -
"Les gouvernements africains ont des alternatives en 2025", selon Mandipa Ndlovu, chercheur au Centre d'études africaines de l'université de Leyde, aux Pays-Bas.
"La compétition géopolitique érode l'état de droit. La démocratie n'est pas une condition préalable pour travailler avec la Chine ou la Russie", a-t-il relevé.
Quant aux Etats-Unis, l'administration du président Donald Trump a adopté une approche plus transactionnelle de la diplomatie, demandant à ses ambassades de modérer leurs critiques des élections.
"Vous n'obtiendrez aucun retour de la part des Etats-Unis, qui ont historiquement été parmi les plus virulents en matière d'élections", a relevé M. Cheeseman, ajoutant que les coupes dans l'aide étrangère américaine ont également supprimé le soutien aux groupes pro-démocratie.
Pour Mandipa Ndlovu, "la génération Z nous sauvera tous". "Mais si nous ne pouvons pas réformer les institutions, rien ne changera."
Cela peut exiger une crise majeure, comme celle qu'a connue le Kenya en 2007 et 2008, lorsqu'une élection contestée a conduit le pays au bord de la guerre civile. Le pays s'est alors doté d'une nouvelle constitution démocratique qui a largement garanti des élections libres et équitables.
"Mais de grandes manifestations autour des élections ne suffisent probablement pas à elles seules pour amener les régimes et les élites à changer de cap", a assuré M. Cheeseman. "Ce qui m'inquiète, c'est que dans de nombreux pays, les populations deviennent de plus en plus exigeantes et les gouvernements de plus en plus répressifs."
burs-er/cpy
A.Seabra--PC