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Inculpation de Raul Castro: un ex-espion cubain raconte sa version de l'attaque de 1996
L'inculpation aux Etats-Unis de l'ancien dirigeant cubain Raul Castro, accusé du meurtre d'Américains en 1996 lorsque deux avions civils pilotés par des anti-castristes avaient été abattus au large de Cuba, a ravivé l'un des épisodes les plus tendus de l'histoire récente entre La Havane et Washington.
Le 24 février 1996, des chasseurs Mig cubains avaient abattu deux petits avions civils dans le détroit de Floride, causant la mort de quatre personnes appartenant à l'organisation "Hermanos al rescate" (Frères à la rescousse).
Un troisième avion, à bord duquel se trouvait José Basulto, le chef de cette organisation fondée par des exilés cubains anti-castristes, est parvenu à s'échapper.
Washington soutient que l'attaque a eu lieu dans les eaux internationales, tandis que La Havane affirme avoir agi en légitime défense dans ses eaux territoriales.
Trente ans plus tard, la justice américaine accuse Raul Castro - alors ministre de la Défense - de meurtre, de complot en vue d'assassiner des Américains et de destruction d'aéronefs, en plein regain de tensions entre les deux pays.
René Gonzalez, 69 ans, pilote et ex-agent du renseignement cubain, infiltré à cette époque aux Etats-Unis où il a participé à la fondation de "Hermanos al rescate" en 1991, livre à l'AFP sa version des événements.
- Une organisation pas seulement "humanitaire" -
René Gonzalez se souvient que l'organisation était connue pour ses missions visant à secourir des Cubains qui tentaient de rejoindre la Floride, les "balseros".
Mais, selon lui, "derrière un concept humanitaire de sauver des vies se dissimulait toute une série de projets qui n'étaient pas publics", dit-il, comme des actions violentes de déstabilisation sur l'île.
"Ils sont montés d'un cran (...) sous l'effet de la perception que (le gouvernement communiste) n'en avait plus pour longtemps", explique-t-il, en référence à la très grave crise économique que traversait Cuba dans les années 1990.
L'ex-agent nuance toutefois en précisant que tous les membres ne partageaient pas ces intentions.
"Parmi ceux qui sont morts, il y a deux jeunes pour lesquels j'ai de la peine, Carlos Costa et Mario de la Peña, qui voulaient simplement accumuler des heures de vol et sauver des balseros" et "n'avaient rien à voir avec le reste des autres plans", affirme-t-il.
Il se souvient avoir participé à une incursion aérienne au-dessus de La Havane en 1994: "Nous avons volé à environ trois milles (4,8 km) du Malecon", promenade côtière de La Havane, "en lançant des fusées éclairantes, des fumigènes (...) ce fut une violation flagrante (de l'espace aérien cubain), très médiatisée" par la presse américaine.
- Le jour de l'attaque -
Concernant le 24 février 1996, René Gonzalez se souvient du moment où il a appris la nouvelle: "pour moi, ça a été un choc".
En tant qu'agent cubain infiltré en Floride, "ça a été des jours compliqués, il fallait être constamment en alerte, transmettre des informations, recevoir des orientations (de La Havane) sur la manière de gérer les choses", raconte celui qui a été condamné à 15 de prison aux Etats-Unis pour espionnage.
Pour lui, l'attaque perpétrée par les Mig a été utilisée politiquement par les secteurs les plus radicaux de l'exil cubain en Floride.
"Ils étaient heureux parce qu'en réalité ils ont réussi - bon, ils ont provoqué quatre morts - mais ils ont obtenu une loi qui nous a fait beaucoup de mal", dit-il en référence à la loi Helms-Burton, qui a transformé en loi fédérale l'embargo contre Cuba, adoptée par le gouvernement de Bill Clinton (1993-2001) en riposte à cet événement.
- "Cela ne me surprend pas" -
René Gonzalez estime que l'inculpation de Raul Castro, frère du défunt Fidel Castro, fait partie d'une "stratégie plus large" de Washington pour accroître la pression sur Cuba.
"Cela ne me surprend pas, compte tenu du contexte d'agressivité que le gouvernement Trump a généré en recourant de nouveau à la diplomatie des canonnières", dit-il.
"Ce réquisitoire n'est rien d'autre que (...) la manœuvre de ce secteur (de l'exil anti-castriste) pour voir s'il parvient finalement à pousser le gouvernement américain (à agir) contre Cuba", analyse l'ancien agent.
Selon lui, certains à Miami "rêvent" depuis des décennies d'une confrontation directe entre les deux pays. "Ce serait une tragédie pour Cuba et pour les Etats-Unis (...), je ne voudrais pas avoir à tirer sur un jeune Nord-Américain", conclut-il.
P.L.Madureira--PC