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Tanzanie: la peur d'une nouvelle répression sanglante glace ceux qui voudraient manifester
Moins d'un an après la terrible répression d'une contestation antigouvernementale en Tanzanie, les appels à manifester mardi se multiplient, mais les autorités menacent et instillent la peur chez de nombreux Tanzaniens, désormais hésitants à descendre dans la rue.
La police s'est déployée en force ces derniers jours dans les grandes villes du pays, dont Dar es Salaam, la capitale économique où, à divers endroits, des policiers en tenue anti-émeute, arme au poing, montent la garde près de véhicules blindés, a constaté un journaliste de l'AFP.
Simple "exercice de routine", assure un policier. Mais ce déploiement intervient sur fond de récente multiplication, sur les réseaux sociaux, d'appels à manifester le 7 juillet pour réclamer une nouvelle Constitution et la traduction en justice des responsables de la répression.
Ce jour férié, appelé en kiswahili "Saba Saba" (07/07), commémore la création en 1954, par Julius Nyerere, de l'Union nationale africaine du Tanganyka (Tanu), parti qui allait conduire le pays à l'indépendance.
Comme de nombreux Tanzaniens, Teresia, 36 ans, pense qu'elle n'ira pas manifester, malgré sa tristesse muée en colère: son frère est mort le 29 octobre 2025 à 24 ans, abattu de sang-froid dans la rue par la police, le jour d'une présidentielle et de législatives jugées truquées d'avance et émaillées de violentes manifestations.
"J'ai peur et j'ai perdu espoir", explique-t-elle, demandant à n'être identifiée que par son seul prénom par peur de représailles. Depuis les manifestations, "les choses ont changé", juge-t-elle, mais "en pire. Les gens continuent de disparaître, d'être enlevés ou tués. La situation est effrayante et beaucoup d'entre nous ne se sentent plus en sécurité".
- 2.000 tués -
Dans le quartier d'Ubungo, l'un des épicentres de la répression d’octobre 2025, Nasibu, 29 ans, assis avec des amis sur des marches en béton dans une rue poussiéreuse, ne croit pas, lui non plus, à une forte mobilisation.
"J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’ils parlent de manifester mais je ne pense pas que ça arrivera", dit-il. "Si le gouvernement autorisait ces manifestations, vous ne verriez pas tout ce déploiement policier".
Depuis plusieurs semaines, les autorités font tout pour dissuader d'éventuels manifestants, les qualifiant à l'avance de "criminels".
Fin juin, le préfet de région de Dar es Salaam, Albert Chalamila, a ouvertement fait référence à la sanglante répression d'octobre et prévenu que toute manifestation serait reçue avec la même brutalité. "Tout recours antérieur à la force pour préserver la paix n’était qu'un aperçu", a-t-il averti.
Cet "aperçu" reste gravé dans la mémoire d'Elick, un habitant d'Ubungo de 35 ans: "Des mauvais souvenirs, des corps éparpillés dans les rues, abandonnés ou transportés sur des chariots en bois. Quand on entend parler du 7 juillet, on est inquiets et on ne peut s’empêcher de se demander si la même chose va arriver", explique cet employé de l’hôtellerie.
Une commission d'enquête officielle a indiqué en avril que 518 personnes avaient péri lors des violences, sans désigner de responsables. Opposition et défenseurs des droits humains en Tanzanie font eux état d'environ 2.000 personnes tuées par les forces de l'ordre.
- "Surveillance constante" -
La présidente Samia Suluhu Hassan a finalement remporté la présidentielle du 29 octobre avec 98% des voix. En héritant du pouvoir après le décès soudain de son prédécesseur John Magufuli en 2021, dont elle était la vice-présidente, elle était apparue comme une réformatrice après six ans de régression autoritaire. Mais ses gestes d'ouverture furent de courte durée.
Fin juin, son gouvernement a rétabli l'interdiction des rassemblements politiques, une mesure décrétée par M. Magufuli à son arrivée au pouvoir en 2015, qu'elle avait levée en 2023.
Cheffe du parti d'opposition ACT-Wazalendo, Dorothy Semu a dénoncé une décision "inconstitutionnelle et honteuse, surtout à un moment où le pays doit soigner les plaies du 29 octobre".
L'opposition et les voix critiques continuent de subir d'incessantes intimidations, enlèvements et passages à tabac.
Le président de Chadema, principal parti d'opposition, Tundu Lissu, est emprisonné depuis avril 2025 pour trahison. Son assistant David Djumbe a échappé fin mai à une tentative d’enlèvement. Un ancien ambassadeur est également porté disparu.
John Heche, numéro 2 de Chadema, affirme à l'AFP être, comme son équipe, sous surveillance constante de membres des services de sécurité en civil et suivi jour et nuit en voiture.
"Nous voulons un pays où la démocratie est respectée", explique à l'AFP Dorothy Semu. "Nous espérions apprendre la vérité" sur les violences d'octobre et "obtenir justice, mais rien n'a été fait".
J.Oliveira--PC