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Tour de France: les "bidonophiles" ont la fièvre de la gourde cycliste
"Ramasser un bidon en plein Tour de France, c'est repartir avec un morceau de la course encore chaud": les "bidonophiles" font de cet objet fonctionnel pour les coureurs un bout d'histoire sportive, avec pour "mission" de sauvegarder un patrimoine populaire du cyclisme.
Cédric Raeymaekers et Guillaume Horgnies, deux collectionneurs belges, ont chacun accumulé plus de 6.000 gourdes, au fil de plusieurs années de collectes, un hobby qui représente 30 week-ends de courses chaque saison.
Pour Guillaume, tout a commencé lorsqu'il avait huit ans: "j'avais alors ramassé le bidon jeté par un coureur lors d'une course espoirs organisée en Belgique par mon grand-père. La machine était lancée".
Vingt ans plus tard, l'esprit est resté le même. "On est comme des enfants qui s’échangent des vignettes Panini", s'amuse-t-il.
Sauf que les vignettes sont en l'espèce des cylindres de polyéthylène stockés par milliers sur des étagères qui occupent l'essentiel de l'espace de la maison.
Pour collecter ces précieux objets, il faut accepter de vivre la course autrement, quitte à en sacrifier le spectacle visuel.
"Souvent, on ne voit rien de la course, c’est frustrant, concède Cédric. Parce qu’on attend à l’arrivée, près des bus des équipes. C'est là que se jouent les instants stratégiques".
"Il faut être là au bon moment. Les glacières se vident après les courses. Les soigneurs jettent les bidons qui n’ont pas été utilisés car les poudres isotoniques (présentes dans les boissons des coureurs, NDLR), ça ne se garde pas".
Chaque épreuve a son intérêt. Si les grandes armadas du World Tour attirent la foule, des épreuves comme le Tour de Cologne sont cochées sur le calendrier par Cédric comme "l’occasion de voir quelques nouveautés, quelques petites équipes allemandes" qui n'écrivent pas leur histoire sur les grandes terrains médiatiques.
Les pièces les plus difficiles à dénicher ne sont d'ailleurs pas celles des équipes les plus célèbres.
"Les bidons des équipes professionnelles sont faciles à trouver. Et une même équipe peut sortir quatre bidons différents sur une même saison: il y a des éditions spéciales. Ce qui est plus compliqué, ce sont les équipes amateurs ou les équipes nationales. J’ai des bidons extrêmement rares (des) Jeux olympiques de Rio (en 2016) ou de Pékin (en 2021). Il n’y a pas de sponsor, juste le nom du pays", explique Guillaume Horgnies.
La collection de haut niveau se niche parfois dans des détails invisibles pour le néophyte. "Je pousse le vice jusqu’à différencier un même bidon par la tétine, confie Guillaume. Un même bidon peut avoir des tétines différentes. Une bleue pour signaler que le bidon contient de l’eau, une rouge pour les boissons sucrées, une verte pour l’isotonique, etc..."
L'internationalisation de la "bidonophilie" s'est accélérée grâce aux réseaux sociaux.
"Un gars qui vit au Portugal va me fournir en bidons d’équipes que je ne connais pas. J’échange régulièrement avec des Espagnols, des Portugais, des Italiens...", s'emballe Cédric Raemakers.
Cette dévotion a un coût financier. "Le budget? Je préfère ne pas y penser. Les voyages, les étagères, tout cela revient à plusieurs milliers d’euros", note le Liégeois.
À cela s'ajoute parfois l'incompréhension des proches et l'angoisse de l'avenir pour ces milliers d'objets accumulés.
"J’ai deux filles qui n’en ont rien à faire de cette collection. Personne n’est intéressé dans mon entourage. Ca me stresse un peu car j’aimerais la faire vivre", s'inquiète Cédric Raemakers, qui a "exposé (ses) pièces pour ASO (Amaury Sport Organisation) à l’occasion d’une étape du Tour de France, il y a quelques années à Binche", en Belgique.
Ces collectionneurs estiment "faire vivre l'histoire du cyclisme" au travers d'objets "en aluminium du début du siècle passé" devenus des gourdes biodégradables et profilées utilisées par les Tadej Pogacar et autre Mathieu van der Poel, stars du peloton actuel.
Et avec la canicule qui sévit cette année sur les routes du Tour de France, ce ne sont pas les exemplaires qui devraient manquer.
A.Aguiar--PC