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Dans les Corbières, un an après le mégafeu, des troupeaux face aux incendies
"Est-ce que les animaux sont juste des tondeuses ?" Un an après les incendies qui ont traversé 17.000 hectares dans les Corbières, le pastoralisme est mis en avant comme outil de prévention des feux, mais les éleveurs soulignent que ce n'est ni une solution miracle ni leur mission.
Pour les agriculteurs pastoraux du massif, "le stress de l'incendie, ce n'est pas de se demander +si+ mais quand ça va arriver" à nouveau, résume pour l'AFP Lennert Vandenbroeck, éleveur de cochons et de brebis à Salza.
Dans son exploitation, les animaux vivent dans la nature et mangent ce qu'ils trouvent.
Plusieurs publications récentes soulignent le rôle positif du pastoralisme, dont c'est l'année internationale proclamée par l'ONU, pour lutter contre les incendies.
C'est un des leviers du plan de reconstruction Corbières 2030, présenté début août.
Le document souligne que le pâturage permet de créer des coupures naturelles contre le feu et d'entretenir les forêts.
A Cucugnan, les brebis et les chèvres de Frédéric Bichon pâturent dans les hauteurs du village, dans la garrigue. Au menu du jour : buissons, lavande ou thym.
"Contre les incendies, l'élevage est un des meilleurs outils", assure l'éleveur, qui a vu les feux cerner sa ferme ces dernières années.
- Complexité -
Emmanuelle Bernier, installée à Fontjoncouse, se trouvait au coeur de l'"ogre" en août 2025. De son ancienne maison, ne reste qu'un poêle dans les gravats. Ses brebis pâturent ailleurs car la terre calcinée de l'exploitation ne peut plus les nourrir.
"Les zones pâturées constituent un vrai pare-feu", pense-t-elle aussi. Mais ce n'est pas la panacée.
"Si je dois mettre mon troupeau (à contribution) pour l'entretien du milieu, avec des objectifs de pâturage, je ne pourrai plus continuer à faire des agneaux", explique Frédéric Bichon.
"Est-ce que les animaux sont juste des tondeuses ? Dans ce cas-là, il doit y avoir des aides financières pour compenser le fait qu'ils ne mangent que de la broussaille et qu'il n'y a pas autant de viande ou de lait à valoriser", estime-t-il.
Pour Lennert Vandenbroeck, installé dans les Hautes-Corbières avec sa compagne Zoé Lejeune, l'équation est "complexe".
"Si tu veux bien protéger contre l'incendie, il faut raser les parcelles." Or "on engraisse nos animaux à l'herbe, les agneaux ont besoin de bouger très régulièrement pour trouver la meilleure chose à manger, explique-t-il. Mais ça fait que l'herbe, à plein d'endroits, reste assez haute".
Pour leurs parcours, les éleveurs doivent s'entendre avec de multiples propriétaires, privés ou publics, et déclarer chaque jour sur quelle parcelle les animaux se trouvent.
- "Ca fait sens" -
Frédéric Bichon, lui, collabore avec un viticulteur : ses brebis pâturent dans son vignoble, qu'elles nettoient. En échange, le cultivateur fait pousser les graines et la luzerne qu'elles mangent parfois.
"Ca fait sens. Pourtant, ce genre de pratiques ne sont pas reconnues".
En revanche, "on va dépenser des millions d'euros pour refaire des pistes DFCI" (défense des forêts contre l'incendie), alors que les anciennes "sont de nouveau embroussaillés", pointe Etienne Ouvrard, éleveur de brebis à La Roque-de-Fa.
C'est une des causes de la propagation très rapide du feu l'été dernier.
Certains "pensent qu'on peut faire pâturer des animaux" n'importe où, rapporte Lennert Vandenbroeck, mais ce n'est "pas si évident". Si plusieurs troupeaux ou espèces se côtoient, il y a un risque de propagation de maladies comme la gale.
"Personne ne connaît très bien le métier d'éleveur pastoral, qui est très technique", souligne Marie-Odile Nozières-Petit, chercheuse à l'Inrae (Institut national pour la recherche en agriculture, alimentation et environnement).
La réflexion est également menée dans d'autres régions, comme dans le parc des volcans d'Auvergne, où 115.000 bêtes paissent de juin à octobre en estive. "En gardant des milieux ouverts" (landes, prairies), "si on a un feu de forêt, il va avoir moins de capacité à sauter d'un endroit à l'autre parce qu'il y a moins de hauteur de végétation", explique Elodie Mardiné, chargée de mission pour le parc.
En France, le pastoralisme concerne 35.000 exploitations et couvre 5,4 millions d'hectares, selon un rapport de la commission des affaires économiques du Sénat en juin. Il représente 18% des élevages et 22% des animaux élevés.
Nogueira--PC