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Saints et divinités, refuges des Cubains face à la crise
Alors que sa première fille est sur le point de naître, Carlos Trejo est venu célébrer la Vierge de la Charité du Cuivre, et lui demander de veiller sur son épouse en train d'accoucher dans un hôpital de La Havane.
Comme lui, des milliers de Cubains ont participé ces derniers jours aux célébrations de la sainte patronne de Cuba, ainsi que de la Vierge de Regla, à la recherche de réconfort face à la pire crise que connaît l'île communiste depuis des décennies.
"Je suis venu pour ma femme", explique à l'AFP cet homme de 34 ans qui s'apprête à suivre, dans les rues du quartier du Centro, la traditionnelle procession de "Cachita", le surnom affectueux que les Cubains donnent à la Vierge de la Charité du Cuivre.
Catholiques et adeptes des cultes afro-cubains, qui célèbrent dans cette procession la déesse Oshun, accompagnent la statue à travers les rues de ce quartier populaire, au milieu des chants, des applaudissements et des prières.
Beaucoup sont vêtus de jaune et portent des tournesols, couleur et fleur traditionnellement associées à cette Vierge et à la divinité. Certains tiennent des poupées à son effigie.
- Yoruba -
Carlos Trejo travaille pour la compagnie nationale d'électricité et connaît bien les difficultés que traverse l'île, soumise depuis janvier à un sévère blocus pétrolier des États-Unis.
Habitué à faire face aux difficultés provoquées par la crise énergétique, il s'inquiète désormais, au moment de devenir père, pour l'avenir de son enfant entre coupures de courant incessantes, pénuries et détérioration accélérée des services publics.
"Nous savons tous quelle est la situation (de l'île), mais il faut avancer avec ça" et "sans perdre la foi", dit-il.
Sainte catholique et orisha (divinité) d'origine africaine de la religion yoruba, la Vierge de la Charité a toujours occupé une place spéciale dans le cœur des Cubains.
Mais cette année d'autres prières s'ajoutent aux habituelles demandes pour la santé et la protection: de meilleures conditions de vie, la fin des incertitudes liées aux tensions avec les États-Unis et une issue à la profonde crise économique qui accable les habitants.
Cette année, l'effigie de "Cachita", portée sur les épaules des fidèles, a été vêtue de blanc plutôt que de son traditionnel manteau jaune. "C'est un symbole de paix", explique à l'AFP Ariel Suarez, secrétaire de la Conférence des évêques catholiques de Cuba.
De l'autre côté de la baie de La Havane, la Vierge de Regla, associée à la déesse de l'eau Yemaya dans le syncrétisme religieux cubain, a également rassemblé des centaines de fidèles, quoi qu'en moins grand nombre que les années précédentes.
- "Que tout change" -
Le quartier vient à peine de retrouver l'électricité après plus de 40 heures de coupure. "Grâce à la Vierge, nous avons de la lumière et beaucoup en profitent pour cuisiner", explique Odalys Fernandez, 64 ans.
Jessica Napoles, une médecin de 24 ans, s'est rendu à Regla malgré les difficultés de transport que connaît l'île.
"La santé, surtout la santé, et que le peuple cubain puisse sortir de cette situation" a-t-elle demandé à Yemaya, avant d'accomplir le rituel consistant à mouiller ses mains dans la mer où ont été lancées des offrandes de fleurs et de fruits.
En tant que médecin, elle connaît bien les difficultés des malades qui doivent affronter les pénuries de nourriture et de médicaments. "Nous vivons tous difficilement, mais les malades vivent encore plus durement cette situation", dit-elle.
Soudain, au milieu de la procession, une femme crie sa reconnaissance à la Vierge pour sa fille qui, le jour même, "a obtenu son visa pour l'Espagne".
Si environ deux millions de personnes ont quitté l'île ces cinq dernières années, tous les Cuains ne souhaitent pas émigrer.
Yenis Grenot, âgée de 49 ans, rêve d'un avenir dans son pays. "Beaucoup d'entre nous veulent rester ici, mais nous voulons que tout change, que les choses s'améliorent", raconte-t-elle, en évoquant la situation politique et économique.
Après avoir travaillé dix-huit ans dans le tourisme, elle s'est retrouvée au chômage. Le secteur s'est effondré, étouffé par les sanctions américaines. Pour survivre, elle vend désormais des vêtements et ustensiles d'occasion devant chez elle.
V.F.Barreira--PC