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Au delà de l'irrigation des cultures, l'eau essentielle à l'élevage
Une vache peut boire 80 à 130 litres d'eau par jour en période de fortes chaleurs. Ces volumes ne font pas de l'élevage un grand consommateur d'eau, en comparaison avec les cultures, mais la répartition géographique des troupeaux se concentre là où la ressource est en tension.
Le Salon international de l'élevage, qui s'ouvre mardi à Rennes, avait choisi la gestion durable de l'eau pour thème de l'édition 2026, avant de savoir que la sécheresse historique de l'été placerait la question au centre des débats.
- Que consomme l'élevage ? -
En France métropolitaine, 31 milliards de m³ d'eau douce sont prélevés par an pour tous les usages. Le volume réellement consommé, non restitué aux milieux aquatiques, est estimé à 4,1 milliards de m³ en moyenne (entre 2010 et 2020), selon les données officielles.
L'élevage représente 2% des prélèvements d'eau, pour l'abreuvement des bêtes et le nettoyage des outils de traite notamment (contre 11% pour l'irrigation), et 5% des consommations d'eau (contre 61% pour l'irrigation).
"Les éleveurs eux-mêmes mobilisent très peu l'irrigation puisqu'on a seulement 1,6% des surfaces fourragères qui sont irriguées (prairies, maïs fourrager et autres fourrages). En revanche, on a une utilisation qui est plus indirecte puisqu'on estime à 39% les volumes d'eau d'irrigation nécessaires à la production d'alimentation" destinée aux animaux, comme le maïs grain, selon Romain Salles de l'Institut de l'élevage (Idele).
Mais l'élevage se concentre dans les zones où la ressource est la plus rare (absence de ressource souterraine) et vulnérable (sous-sol imperméable), indiquait récemment le chargé de projets eau en élevage à l'Institut de l'élevage.
- Sécheresse et chaleur -
"Pour limiter les effets de ces canicules, il est indispensable d'aider les animaux à s'adapter: outre leur donner des possibilités de se mettre à l'ombre, modifier la température des bâtiments ou décaler les heures d'alimentation ou de traite, la première priorité, c'est de leur garantir un accès illimité à l'eau", a expliqué cette semaine Anne Boudon, chercheuse à l'Inrae Bretagne-Normandie en nutrition et comportement animal et spécialiste de l'élevage bovin.
"Or on sait que tous les éleveurs n'ont pas les dispositifs d'abreuvement qui permettent de les atteindre à toutes les périodes de l'année", a-t-elle ajouté devant des journalistes.
Une vache peut boire de 10 à plus de 130 litres d'eau par jour, en fonction de la teneur en eau de son alimentation. Dans des conditions comme cet été où l'herbe n'a pas poussé à cause de la sécheresse, l'alimentation à base de foin a fait augmenter les besoins en eau à "minimum 80 litres par jour", selon la chercheuse.
Il faut compter que 30 litres d'eau sont "perdus" par évaporation pour que le corps se refroidisse, les vaches supportant très mal la chaleur. Comme l'appétit et la production de lait baissent en parallèle, les besoins en eau spécifiques à ces fonctions baissent.
L'abreuvement représente 75% des besoins en consommation d'eau des élevages laitiers, irrigation exclue. Le reste est dédié notamment au lavage du matériel de traite.
"Dans les fermes bovines, l'eau d'abreuvement provient à 60-70% de prélèvements privés, en particulier de forage ou de puits. Quand il fait sec, ces prélèvements peuvent être menacés par des assèchements, voire des dégradations de la qualité de l'eau, ce qui peut entraîner des reports d'abreuvement sur le réseau public. C'est un coût financier pour l'éleveur mais aussi un coût en termes de conditions de travail avec des tâches chronophages", comme le transport de l'eau, poursuit Anne Boudon.
De plus, les éleveurs peuvent voir le débit de leurs prélèvements restreint dans le cadre d'arrêtés sécheresse.
- Peu de pistes d'économie d'eau -
Cela contribue selon elle aux tensions sur la ressource en eau. Et envisager une baisse des consommations par l'élevage ne peut se faire sans entraîner à court terme "le sacrifice d'animaux". Seule la partie destinée au lavage "pourrait être économisée", dans des proportions "à déterminer".
Les éleveurs peuvent s'équiper de dispositifs de récupération des eaux de pluie ou de capacités de stockage, mais pour certaines opérations de nettoyage, l'eau doit être traitée pour garantir la sécurité sanitaire du lait.
A.P.Maia--PC