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Avec le retour de la Russie, la Biennale de Venise ouvre dans un climat sulfureux
Démission du jury, boycott du ministre de la Culture, menaces de l'UE: la 61e édition de la Biennale de Venise ouvre ses portes mercredi en avant-première à la presse dans un climat rendu inflammable par le retour de la Russie, absente depuis 2022.
C'est la première fois depuis l'invasion de l'Ukraine que Moscou présente un projet artistique dans le cadre de la plus grande exposition d'art contemporain au monde, qui a lieu tous les deux ans dans la Cité des Doges.
D'autres artistes de pays en guerre seront également présents, à l'instar de l'Ukraine, d'Israël et des Etats-Unis, tandis que l'Iran a finalement déclaré forfait.
Depuis son annonce début mars, la participation de la Russie a suscité un tollé, en particulier au sein du gouvernement italien et de l'Union européenne, laquelle a menacé de supprimer une subvention de deux millions d'euros accordée à la Biennale.
Dernier rebondissement: le jury de la Biennale a démissionné jeudi en masse après avoir annoncé qu'il exclurait la Russie et Israël du palmarès, en raison de l'émission par la Cour pénale internationale (CPI) de mandats d'arrêt pour crimes de guerre à l'encontre de leurs dirigeants.
Même si le pavillon russe restera fermé durant l'ouverture au public de la Biennale du 9 mai au 22 novembre, des performances musicales enregistrées pendant les journées de présentation à la presse seront retransmises sur des écrans géants à l'extérieur.
Intitulée "The tree is rooted in the sky" ("L'arbre est enraciné dans le ciel", ndlr), l'exposition met en scène une trentaine de "jeunes musiciens, philosophes et poètes", majoritairement russes mais venant également du Mexique, du Mali ou encore du Brésil, peut-on lire sur la brochure présentant le projet.
"Je tiens à remercier la Biennale d'avoir soutenu l'idée que tous les pays soient représentés ici", a déclaré dans une vidéo postée lundi sur Instagram la commissaire de l'exposition, Anastasia Karneeva.
- Le feu aux poudres -
En 2022, peu après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les artistes et les commissaires du pavillon russe s'étaient retirés de la Biennale en signe de protestation.
En 2024, la Russie n'avait pas été invitée. L'annonce de son retour cette année a mis le feu aux poudres.
Dans une lettre adressée début mars au président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, 22 ministres de la Culture et des Affaires étrangères européens, dont ceux de l'Ukraine et de la France, lui demandaient de "reconsidérer la participation de la Fédération de Russie", jugée "inacceptable dans les circonstances actuelles".
"Les événements culturels financés par l'argent des contribuables européens doivent préserver les valeurs démocratiques, favoriser le dialogue ouvert, la diversité et la liberté d'expression – des valeurs qui ne sont pas respectées dans la Russie d'aujourd'hui", avait fait valoir un porte-parole de la Commission européenne mi-avril quand l'institution a annoncé son intention de geler voire supprimer sa subvention.
La semaine dernière, l'UE a de nouveau écrit au gouvernement italien pour demander des éclaircissements sur les conditions d'accueil de la délégation russe, craignant une violation des sanctions européennes visant Moscou.
Pour la commission, "peu importe que le pavillon russe soit ouvert ou non, le problème est que la Russie est présente et autorisée à participer", a indiqué à l'AFP une source officielle de l'UE.
- "Lieu de trêve" -
D'après des documents issus d'une inspection effectuée la semaine dernière par le ministère italien de la Culture, les organisateurs de la Biennale soutiennent que la Russie est propriétaire de son pavillon et qu'on ne peut l'empêcher de l'utiliser.
Le ministre italien de la Culture Alessandro Giuli, qui dès le départ s'était désolidarisé de la décision prise "en toute indépendance" par la Biennale d'accueillir la Russie et ce "malgré l'opposition du gouvernement italien", a annoncé qu'il ne s'y rendrait pas.
Conséquence de la démission du jury et du "caractère exceptionnel de la situation géopolitique internationale actuelle", les organisateurs de la Biennale ont reporté la cérémonie de remise des prix du 9 mai au 22 novembre, dernier jour de l'ouverture au public.
Deux prix seront alors décernés par les visiteurs, dont l'un pourra être remporté par n'importe lequel des pays participants, dont la Russie.
"La Biennale se veut et se confirme comme un lieu de trêve au nom de l'art, de la culture et de la liberté artistique", arguent les organisateurs sur le site de la Biennale.
Une ligne dont, malgré les pressions, le président Buttafuoco, qui a pris ses fonctions en mars 2024, n'a pas dévié.
"L'art a un pouvoir bien plus grand que toute forme d'oppression. L'art nous ouvre la voie vers l'avenir et nous offre la possibilité d'effacer les catastrophes", a-t-il déclaré lundi, lors d'une première inauguration d'exposition.
P.Queiroz--PC