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A Paris, les 20 ans de Nuit blanche qui quitte le cocon automnal en 2023
C'est un anniversaire aux allures d'au revoir à une ambiance, une lumière: à Paris, Nuit blanche célèbre samedi ses 20 ans en distillant une dernière fois en octobre l'art contemporain dans ses rues, avant d'avancer son rendez-vous en juin dès 2023.
En "passant par là" vendredi soir, lors d'une présentation à la presse, Sabrina Saber a suspendu sa soirée: depuis "20-25 minutes", cette Parisienne désormais installée à Biarritz scrute les dizaines de personnages de "Speculum", œuvre installée dans le jardin des Halles, devant l'église Saint-Eustache.
Avec ses monstres répartis entre paradis, vie de débauche et enfer, ce triptyque numérique est une réinterprétation loufoque voire transgressive du "Jardin des délices", le célèbre tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch.
"On peut rapidement faire le lien avec ce qui se passe sur Terre", estime la spectatrice, qui a vu un enfant s'enfuir de peur devant la représentation de l'enfer.
Comme plusieurs Parisiens interrogés par l'AFP, cette ingénieure informatique âgée de 29 ans ne se rappelle plus la dernière fois où elle a déambulé dans la capitale le premier samedi soir d'octobre, à la rencontre d'un peu d'art contemporain.
"C'est très chouette mais on reste dans le centre: les œuvres comme ça, il faut les mettre dans les quartiers populaires", estime-t-elle.
- Come-back -
L'événement dont 30 villes du monde, de Rome à Montréal, ont repris le concept s'est pourtant élargi à la banlieue depuis 2019. En plus de 26 communes de la métropole cette année, il s'exportera pour la première fois à Rouen et au Havre, deux villes partenaires de l'axe Seine.
En 2021, Nuit blanche s'était tournée vers l'est parisien et ses sites sportifs historiques pour marquer le début de l'olympiade parisienne. Mais une tempête avait gâché la fête, amenant la maire Anne Hidalgo à proposer un vote pour décaler ou non l'événement début juin ou début décembre.
L'option printanière l'ayant emporté, c'est un peu la première page, écrite en 2002 par le maire Bertrand Delanoë et le directeur artistique Jean Blaise, qui se tourne.
"Toujours le reflet d'une époque", Nuit blanche "évolue avec le temps", répond aux nostalgiques l'adjointe à la culture, Carine Rolland.
"En juin, la nuit arrivera plus tard, l'air n'aura pas la même teneur, plus cette lumière d'automne", reconnaît l'élue qui a confié la dernière édition automnale à Kitty Hartl, formée par... Jean Blaise à Nantes.
C'est dans la cité des Ducs de Bretagne que la directrice artistique avait lancé, en 2004, le Cabaret New Burlesque, immortalisé par Mathieu Amalric dans le film Tournée. Deux décennies plus tard, la troupe américaine d'effeuillage fait son come-back ce samedi au théâtre du Châtelet, entre humour, glamour et critique sociale.
- Sons, lumières... et mousse -
"C'est merveilleux pour vous, les Français, d'avoir cette nuit. La culture est en train de mourir aux Etats-Unis!", s'exclame la maîtresse de cérémonie, Kitten on the Keys, pour qui l'art est une manière de "s'échapper du monde actuel, de réaliser que les rêves sont possibles. Et de, tout simplement, se sentir mieux".
Et si "Spectre", un cube déconseillé aux épileptiques sur le parvis de l'Hôtel de Ville, ne sera finalement visible que jusqu'à 02h00, sobriété énergétique oblige, "Constellations", un cosmos revisité sur l'eau du canal de l'Ourcq, portera jusqu'à 05h00 l'honneur d'une Ville Lumière devenue un peu plus sombre avec la crise.
Avec une programmation "éclectique", notamment à destination des "gens qui vont pas au musée", Kitty Hartl a choisi de "varier les sensations, passer du contemplatif à l'audacieux, du ludique au festif, d'un univers à l'autre".
L'Autrichienne souhaite "que le public réagisse, qu'il aime ou pas".
Avec sa sculpture sonore de 850 pièces métalliques qui, suspendues à un fil, s'entrechoquent devant La Samaritaine, le sculpteur suisse Etienne Krähenbühl a lui voulu "donner une idée de ce que pourrait être le mouvement de la vie".
Devant sa mousse multicolore qui s'échappe des bouches d'aération du Centre Pompidou, l'artiste allemande Stéphanie Lüning ne cherche à créer aucune émotion, mais simplement que le public "s'amuse, de l'enfant de 3 ans au grand-père".
C'est réussi avec Andreas, 10 ans, et Gabriel, 9 ans, qui s'en mettent plein les mains. "On peut nager dedans, c'est super beau", se réjouit le second, heureux d'avoir dégoté une "œuvre d'art pas ennuyante".
F.Cardoso--PC