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Trump, en campagne, délibérément ambigu sur l'avortement
Donald Trump ne rate jamais l'occasion de rappeler que c'est grâce à lui que la Cour suprême a effectué un revirement historique sur l'avortement, et pourtant l'ancien président se démarque désormais délibérément des positions anti-IVG les plus répressives, bien conscient qu'elles pourraient lui coûter cher dans les urnes.
Interrogé de façon répétée sur la possibilité de bannir les interruptions volontaires de grossesse sur l'ensemble du territoire, le septuagénaire républicain est resté très flou mi-septembre, déclarant simplement: "Cela pourrait être à l'échelle des Etats, ou au niveau fédéral... pour tout vous dire, je m'en fiche".
Quelques jours plus tard, lors d'un meeting électoral, l'ancien dirigeant précisait: "Je crois en trois exceptions (pour pouvoir avorter): en cas de viol, d'inceste, ou si la santé de la mère est en danger". Avant d'exprimer le fond de sa pensée: "Sans les exceptions, il est très difficile de remporter des élections".
- "Pas populaire" -
Depuis que la Cour suprême - remaniée par Donald Trump lorsqu'il était président - a annulé fin juin 2022 la protection constitutionnelle du droit à l'avortement, les voyants sont au rouge pour le Parti républicain.
Cela s'est notamment illustré dans un vote du très conservateur Kansas pour protéger l'accès à l'avortement. Des déconvenues électorales dans les Etats de New York, du Wisconsin et de l'Ohio. Ou encore un score extrêmement décevant aux élections de mi-mandat de novembre 2022, notamment dû à la mobilisation des femmes et des jeunes.
Les conservateurs continuent d'enchaîner les revers dans les urnes, sanctionnés par des Américains en grande majorité favorables à un certain accès à l'avortement.
"Trump comprend que (l'arrêt de la Cour suprême) n'est pas populaire, tout comme la position de la plupart des républicains sur l'avortement", explique à l'AFP le politologue Kyle Kondik.
"Donc il essaie de se donner une marge de manoeuvre sur la question, en anticipation de la présidentielle", souligne l'expert de l'Université de Virginie.
Le candidat, favori des primaires républicaines, a d'ailleurs plus d'une fois retourné sa veste.
Lors d'une interview en 1999, le New-Yorkais, alors magnat de l'immobilier, affirmait sans détour: "Je suis très pro-avortement". Avant de faire volte-face pour séduire l'électorat évangélique lors de la présidentielle de 2016. Des électeurs qui lui restent encore en grande partie fidèle, selon les enquêtes d'opinion.
- "Sortir du bois" -
Désormais très fuyant sur la question de l'avortement, Donald Trump se distingue ainsi de ses rivaux aux primaires républicaines de 2024.
Car la plupart des prétendants à l'investiture se sont au contraire prononcés clairement en faveur de restrictions supplémentaires.
A commencer par le gouverneur de Floride Ron DeSantis, deuxième dans les sondages, et qui a fait adopter en avril une loi pour interdire les interruptions volontaires de grossesse dans son Etat au-delà de six semaines - quand de nombreuses femmes ne savent pas encore qu'elles sont enceintes.
Une mesure qualifiée "d'erreur terrible" par Donald Trump.
"Je rejette l'idée que les anti-avortement sont responsables des échecs aux élections de mi-mandat", a rétorqué Ron DeSantis lors du deuxième débat entre candidats républicains mercredi, invitant l'ancien président, qui a jusqu'ici snobé ces rendez-vous télévisés, "à sortir du bois" pour défendre sa position.
- Rendez-vous en 2024 -
Le Parti démocrate se délecte de ces querelles fratricides, misant au contraire sur l'avortement comme un argument central de campagne.
Ainsi dans le Kentucky, où se joue cette année une élection pour le poste de gouverneur.
Le parti de Joe Biden y fait circuler une publicité électorale centrée autour du témoignage d'une adolescente, violée par son beau-père lorsqu'elle avait 12 ans.
"Les Américains ont rejeté l'extrémisme anti-avortement des trumpistes", affirmait mercredi soir le porte-parole l'équipe de campagne de Joe Biden, Kevin Munoz, dans un communiqué. "Et ils le feront à nouveau en 2024".
G.Machado--PC