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Les Iraniens se serrent la ceinture pour fêter le Nouvel An persan
Des millions d'Iraniens ont pris la route pour célébrer en famille le Nouvel An persan, Norouz, mais les festivités s'annoncent frugales à cause de la forte inflation qui grève leur pouvoir d'achat.
C'est précisément mercredi à 06H36 (04H06 GMT) que les Iraniens fêteront l'entrée dans l'année 1403 du calendrier persan, à l'heure astronomique de l'équinoxe du printemps.
Dans le monde, quelque 300 millions de personnes se souhaiteront "Bonne année" ("Norouz mobarak" en persan) en Iran mais aussi en Afghanistan, au Kazakhstan et chez les Kurdes en Turquie ou en Irak.
"C'est la fête la plus importante de l'année, celle où on oublie les problèmes pour se retrouver avec ses proches et rêver à une année meilleure", témoigne Marjane, une jeune Téhéranaise.
Célébrée depuis 3.000 ans, Norouz marque une parenthèse de deux semaines pendant lesquelles les Iraniens voyagent dans le pays ou, pour les plus fortunés, à l'étranger.
Mais nombre d'entre eux ont prévu de réduire les agapes. Car "les produits alimentaires sont beaucoup trop chers à cause de l'inflation", regrette Mlle Afshar, une comptable de 44 ans, interrogée dans le bazar de Tajrish, dans le nord de Téhéran.
Devant une échoppe qui déborde de pistaches et d'épices, M. Karbalee, un professeur retraité, évalue "à 400%" la hausse des prix en un an. Officiellement, l'inflation s'élève à 44% en rythme annuel après avoir atteint 46% l'an dernier.
"J'ai acheté de la viande rouge à 700.000 tomans le kilo (environ 12 euros), mais je ne gagne que 9,8 millions (160 euros) par mois après 30 ans de carrière", se désole le Téhéranais de 68 ans.
- "Amertume" -
"La situation est déplorable", renchérit M. Ghassemi, en faisant remarquer que les allées du bazar étaient "plus grouillantes" ces dernières années à l'approche de Norouz.
Cet agent immobilier de 28 ans appelle donc le gouvernement "à se mobiliser pour améliorer la situation et mieux gérer le pays".
L'an dernier, dans son discours de Norouz, le guide suprême Ali Khamenei avait reconnu que les Iraniens ressentaient de "l'amertume" face "aux prix élevés, en particulier de la nourriture et des produits de première nécessité". Il avait donc fait du "contrôle de l'inflation" la priorité pour le gouvernement.
Les autorités mettent en cause les sévères sanctions économiques imposées depuis 2018 par les Etats-Unis après leur retrait unilatéral de l'accord international sur le nucléaire iranien. Elles ont provoqué un effondrement du rial, la monnaie nationale, et une chute du nombre de touristes étrangers.
Mais le pouvoir se félicite que l'économie tienne bon avec une croissance plus forte que prévu en 2023 (5,4% selon le FMI) portée par une hausse de la production de pétrole, exporté notamment vers la Chine.
Le président iranien, Ebrahim Raïssi, a récemment dénoncé "la stratégie de l'ennemi" qui vise "à créer le désespoir au sein de la société".
Il s'exprimait deux semaines après les législatives du 1er mars, auxquelles seuls 41% des Iraniens ont participé, taux le plus faible depuis le début de la République islamique en 1979.
Les Iraniens "boudent" car leur "insatisfaction" est élevée face à la situation "économique, de l'emploi, de la pauvreté ou des inégalités", a estimé le religieux Hassan Khomeini, le petit-fils de l'imam Khomeini, fondateur de la République islamique, dans un entretien critique vis-à-vis des conservateurs au pouvoir, publié samedi par le quotidien réformateur Etemad.
- En plein ramadan -
Pour la deuxième année consécutive, les traditions païennes de Norouz se heurtent aux obligations du ramadan qui a débuté le 11 mars en Iran, un pays peuplé en quasi totalité de musulmans.
Pour s'adapter, les pratiquants s'abstenant de manger de l'aube au crépuscule se rassembleront en famille dès 05H00 mercredi pour le premier repas de Norouz, sans attendre l'heure officielle, à laquelle le jour sera déjà levé.
Les autorités ont par ailleurs un peu assoupli les strictes règles en vigueur durant le ramadan. Il reste interdit de manger, boire et fumer dans les lieux publics, mais certains cafés et restaurants sont autorisés à ouvrir durant la journée à condition de couvrir leurs fenêtres pour que l'intérieur ne puisse être visible pour les passants à jeun.
M.Carneiro--PC