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La lourde tâche de l'OMC face au retour de Trump
La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala doit être reconduite pour un second mandat à la tête de l'OMC vendredi, à moins de deux mois du retour aux affaires de Donald Trump et de son refus affiché de se plier aux règles du commerce international.
Première femme et première Africaine à diriger l'Organisation mondiale du commerce, elle est seule candidate à sa succession et devrait, sauf surprise, être adoubée par les 166 membres de l'OMC, lors d'une réunion à huis clos à Genève, siège de l'organisation.
"Ce n'est pas tant que tout le monde aime Ngozi", commente une source proche des discussions, mais "les membres s'inquiètent du fait que si elle n'est pas reconduite" maintenant, "il est possible que l'administration" Trump "ralentisse ensuite les choses".
Car le directeur général est traditionnellement désigné par consensus. Ce qui avait permis à Donald Trump, en 2020, de bloquer la première candidature de Mme Okonjo-Iweala, privant l'organisation de chef pendant des mois, jusqu'à la présidence Biden.
Le premier mandat de la Nigériane âgée de 70 ans s'achève fin août 2025 mais la procédure de reconduction a été anticipée à la demande des pays africains, officiellement pour faciliter les préparatifs de la prochaine conférence ministérielle de l'OMC au Cameroun en 2026.
- Processus accéléré -
L'objectif non avoué est d'"accélérer le processus parce qu'ils ne voulaient pas que l'équipe de Donald Trump mette son veto comme il y a quatre ans", estime l'ancien porte-parole de l'OMC, Keith Rockwell, chercheur à la fondation Hinrich.
"Cela crée des tensions dans les relations avec les Etats-Unis, c'est certain. Des tensions qui auraient probablement existé en toutes circonstances. Mais aujourd'hui, cela fait monter les enjeux", dit-il à l'AFP.
D'autant que le président américain élu a relancé l'inquiétude sur des guerres commerciales tous azimuts, en menaçant en particulier la Chine, le Canada et le Mexique d'augmenter les droits de douane dès son arrivée au pouvoir en janvier. Le milliardaire avait déjà déclenché des affrontements commerciaux avec la Chine et l'Europe pendant son premier mandat (2017-2021).
"Le festival de droits de douane qu'il annonce à présent montre qu'il n'entend respecter aucune règle. De fait, les Etats-Unis n'auraient pas besoin de se retirer de l'OMC, ils s'affranchissent des règles de l'OMC, avec un découplage brutal vis-à-vis de la Chine", observe Elvire Fabry, chercheuse à l'institut européen Jacques Delors, auprès de l'AFP.
La directrice générale de l'OMC aura "un rôle de pompier" dans ce contexte, "son rôle va être de maintenir le cap", estime-t-elle.
- "Sauver ce qui peut l'être" -
Il s'agira de "sauver ce qui peut l'être, et convaincre qu'il y a pas une énorme alternative aux règles de l'OMC" mais "ce sera un mandat très difficile avec peu de certitudes sur ce qui va se passer", souligne une autre source proche du dossier.
"Nous vivons une période où l'application des règles de l'OMC s'est détériorée. Mais on ne peut pas imputer tout cela aux Etats-Unis", souligne Keith Rockwell.
Comme l'explique le directeur de l'organisation Geneva Trade Plateform, Dmitry Grozoubinski, auteur du livre "Pourquoi les politiciens mentent sur le commerce", les gouvernements "se tournent de plus en plus vers les mesures commerciales pour traiter des sujets tels que la sécurité nationale, la concurrence environnementale et la réindustrialisation" en se souciant moins de savoir si "leurs idées violent l'esprit et la lettre des règles de l'OMC".
"Si le président élu Trump fait de la destruction de l'OMC une priorité", les options de l'organisation "seront limitées car l'institution n'est pas conçue pour résister à une démolition par ses membres", dit-il.
A son arrivée à l'OMC, Mme Okonjo-Iweala, avait déjà trouvé une organisation fragilisée. Elle a tenté de lui insuffler un nouveau dynamisme autour des questions climatiques et de santé et est parvenue à faire conclure un important accord sur l'interdiction de subventions nuisibles à la pêche.
Mais la pression en faveur d'une réforme de l'OMC s'est accentuée, d'autant que l'organe d'appel du système de règlement des différends, que la première administration Trump a fait péricliter en bloquant la nomination des juges, reste à l'arrêt alors que l'objectif était de le relancer cette année.
C.Amaral--PC