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Censure: après avoir reçu Barnier, Macron consulte avant de s'adresser aux Français
Au lendemain d'une censure historique, c'est un Emmanuel Macron revenu au coeur de l'attention qui a reçu jeudi matin Michel Barnier, avant de consulter les présidents des deux chambres du Parlement, et de s'adresser aux Français à 20H00.
Quand sera nommé le nouveau Premier ministre ? La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a exhorté jeudi Emmanuel Macron à le faire "rapidement" pour "ne pas laisser s'installer le flottement". La titulaire (Renaissance) du perchoir sera reçue par le chef de l'Etat à 12H15, son homologue (LR) au Sénat, Gérard Larcher, à 15H00.
L'entourage du chef de l'Etat ne fournit à ce stade aucun calendrier, mais plusieurs de ses familiers ont confié qu'il entendait cette fois agir vite. Dès jeudi soir ? "Il n'a pas le choix", s'avance un de ses proches.
Quel que soit son choix, il fera une allocution aux Français à 20H.
"Flou", "impasse", "cercle vicieux": du nord au sud du pays, l'inquiétude et la lassitude étaient manifestes chez les Français interrogés par l'AFP.
Les marchés restaient en revanche calmes : la Bourse de Paris était en lègère hausse et, loin de s'envoler, le taux auquel la France emprunte sur les marchés était même orienté à la baisse. Mais l'agence Moody's met en garde sur le fait que la chute du gouvernement "réduit la probabilité d'une consolidation" des finances publiques.
Il faut donc nommer un Premier ministre "au plus vite" pour Xavier Bertrand (LR), le patron des socialistes, Olivier Faure, demandant au président de la République de consulter dès aujourd'hui "l'ensemble des chefs de parti".
Avec la chute de Michel Barnier, la crise politique ouverte avec la dissolution de l'Assemblée nationale le 9 juin a franchi un cap inédit: pour la première fois depuis 1962, un Premier ministre a été renversé après avoir engagé sa responsabilité.
La situation laisse les Français partagés: 53% approuvent la décision des députés, mais 82% sont inquiets de ses conséquences, selon un sondage Toluna Harris Interactive pour RTL.
64% des sondés se disent favorables à la démission d'Emmanuel Macron, un souhait très prononcé chez les sympathisants de LFI et du RN.
LFI continue de réclamer une présidentielle anticipée.
"Si on veut ramener une solution de stabilité, (cela) passe par le départ" d'Emmanuel Macron, a martelé le coordinateur du mouvement Manuel Bompard.
Marine Le Pen n'a pas formellement réclamé une démission du président, mais elle estime que "la pression" à son endroit "sera évidemment de plus en plus forte" si "on ne prend pas la voie du respect des électeurs".
Elle a aussi assuré mercredi qu'elle et les siens "laisseront travailler" le futur Premier ministre, afin de "co-construire" un budget "acceptable pour tous". Mais les lignes rouges du RN, incluant la réindexation des retraites sur l'inflation, "ne bougeront pas", a prévenu le député Jean-Philippe Tanguy.
- Accord de non censure ? -
Il s'agit désormais pour le chef de l'Etat de résoudre la quadrature du cercle, entre reconduite du "socle commun" entre macronistes et LR ou élargissement de ses contours afin de dégager une coalition gouvernementale plus solide pour résister à une future tentative de censure.
Les Républicains ne "feront pas tomber" le prochain gouvernement même s'ils décidaient de ne pas y participer, a assuré le patron des députés Laurent Wauquiez. "On ne sera pas dans le blocage, on ne sera pas dans la stratégie du pire", a-t-il ajouté, conditionnant la participation de LR aux priorités mises sur la table par le nouveau Premier ministre.
Le patron des députés macronistes, Gabriel Attal, qui va réunir les ténors de Renaissance dans la matinée, propose, lui, un accord de "non censure" avec le PS pour échapper à la tutelle du RN.
L'équation est d'autant plus complexe qu'une nouvelle dissolution et de nouvelles élections législatives ne peuvent pas intervenir avant juillet.
D'ici là, qui pour Matignon ? Les noms du président du MoDem François Bayrou, du ministre des Armées Sébastien Lecornu, de Xavier Bertrand, de l'ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve ou du maire de Troyes François Baroin circulent.
Le très droitier ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, jugé parfois proche des idées du RN, ou le macroniste historique Roland Lescure, associé à la branche sociale-démocrate de Renaissance, font également l'objet de supputations.
La cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot a confirmé que son groupe censurerait tout Premier ministre qui n'est pas issu du Nouveau Front populaire, y compris Bernard Cazeneuve.
La tâche du futur titulaire s'annonce immense.
Attendu à 6,1% du PIB en 2024, bien plus que les 4,4% prévus à l'automne 2023, le déficit public raterait son objectif de 5% en l'absence de budget, et l'incertitude politique pèserait sur le coût de la dette et la croissance.
bur-pab-sde-sac/pta
E.Paulino--PC