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A Wine Paris, trois jours de salon pour contrer les multiples crises du vin
Wine Paris, salon international de référence dédié au vin, ouvre lundi en pleine tourmente géopolitique et climatique pour le secteur, qui espère malgré tout tirer son épingle du jeu avec moins d’alcool et de nouvelles relations commerciales.
Le plus grand salon professionnel du vin au monde, selon ses organisateurs, avec une affluence supérieure l'an dernier à celle du pro-Wein de Düsseldorf, en Allemagne, sera inauguré par le président français Emmanuel Macron.
L'événement attend pendant trois jours 6.200 exposants et 60.000 visiteurs du monde entier, acheteurs, distributeurs, ministres, Commission européenne... Et, pour la première fois, les fabricants spécialisés dans la production de vin et boissons sans alcool auront droit à un pavillon dédié.
L'heure n'est pas à la fête pour le secteur, secoué par les nouvelles préférences de consommation, le changement climatique ou les guerres douanières que se livrent les Etats-Unis, la Chine, l'UE...
Au moment où la France lance un nouveau plan d'aide à l'arrachage de vignes pour les viticulteurs en surproduction, ses exportateurs présenteront mardi un bilan commercial 2025 qui s'annonce amer.
Selon les Douanes françaises, les exportations de boissons ont reculé de 7% l'an dernier. Celles vers les Etats-Unis, son premier marché (composé surtout de vins, champagne et spiritueux - en majorité du cognac), sont en repli de 20%, à 3,2 milliards d'euros, une baisse particulièrement marquée au dernier semestre après l'imposition de droits de douane américains de 10% puis 15% sur les alcools européens.
"Si on regarde la photo à l'instant T, on voit tout un tas de nuages noirs au-dessus de la filière: déconsommation, changement d'attentes des consommateurs... Mais de l'autre côté, on voit des marchés qui pourraient devenir des marchés de pivot", veut cependant tempérer Rodolphe Lameyse, directeur général de Vinexposium, l'organisateur de Wine Paris.
Cette édition "arrive à un moment de tensions géoéconomiques exacerbées (...) Mais nous sommes aussi à la croisée des chemins sur des accords de libre échange extrêmement importants: le Mercosur est une opportunité, (il répond à) un besoin à la fois (de) levée de barrières douanières et de barrières non douanières" comme l'étiquetage ou la reconnaissance d'indications protégées, dit-il à l'AFP.
Il cite également le récent accord commercial UE-Inde, qui promet une forte réduction de droits de douane sur les alcools européens. M. Lameyse évoque aussi les mesures de rétorsion prises depuis 2025 au Canada contre les alcools américains, retirés des rayons, ce qui pourrait ouvrir à d'autres ce marché d'un milliard de dollars.
"Les crises s'enchaînent, mais il faut garder espoir dans ces marchés. On espère que le salon sera une opportunité de dialogue pour l'ensemble de la filière, et pas que française", dit-il.
- "Appétence" -
Président de Bordeaux Négoce, Philippe Tapie compte ardemment sur Wine Paris, où l'attendent "beaucoup de clients, beaucoup de rendez-vous": "on espère un rai de lumière", dit-il à l'AFP.
La bataille douanière avec les Etats-Unis est un coup: "On dit en général que 1% de droits en plus, c'est moins 1% de commerce, ça s'est de nouveau vérifié. Et quand on ajoute 15% de surcoût dû à la parité euro/dollar, ça devient compliqué".
Pourtant les ventes ont été bonnes en fin d'année outre-Atlantique, où les importateurs avaient stocké avant l'élection de Donald Trump: "C'est bon signe, cela montre qu'il y a une appétence pour nos vins", dit M. Tapie.
A Wine Paris, les acheteurs viendront des Etats-Unis, d'Amérique Latine, du Canada... Il y aura un peu moins de Chinois, pour cause de proximité avec le Nouvel an lunaire, dans un contexte de marché intérieur atone.
Pour la première fois, ils y trouveront "Be no", pavillon dédié aux vins désalcoolisés et boissons sans alcool (une soixantaine d'exposants).
"De plus en plus d'acheteurs en recherchent en complément de gamme, et cette catégorie prend sa place dans les attentes durables des consommateurs. Il est de notre devoir à nous, organisateurs d'événements, de leur donner toute la place", estime M. Lameyse.
Une petite révolution pour la France? "Il y a trois ans, ce genre de sujet faisait grogner", ce n'est plus le cas, assure-t-il. "Ça ne va pas cannibaliser la part de marché du vin traditionnel, ça va rajouter du business supplémentaire".
P.Sousa--PC