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En Inde, la fin d'un brevet va doper la lutte contre l'obésité et son juteux marché
Le Dr Nadeem Rais s'y prépare depuis des mois. Vendredi, il en est sûr, l'expiration du brevet qui protège un fameux médicament anti-obésité va précipiter dans sa clinique de Bombay (ouest) une foule de patients pressés de profiter de sa version générique et bon marché "made in India".
"Nous traitons aujourd'hui 70 à 80 malades. Quand les génériques vont sortir et les prix baisser, nous en aurons facilement jusqu'à 200", pronostique l'endocrinologue.
Le nom de cette molécule aux allures de potion magique ? Le sémaglutide. Fabriqué par le laboratoire danois Novo Nordisk et vendu sous le nom de Wegovy dans sa version contre l'obésité, il s'est hissé en quelques années à peine dans la liste des médicaments les plus vendus au monde.
Le marché qu'il se partage avec la trizépatide de l'Américain Eli Lilly - un autre traitement à base de GLP-1, qui fait maigrir en imitant une hormone naturelle qui procure une sensation de satiété - est estimé à plusieurs milliards de dollars.
Le brevet qui protège le sémaglutide tombe ce vendredi en Chine et en Inde. D'autres pays suivront cette année: Brésil, Turquie, Afrique du Sud ou Canada. Avant l'Europe et le Japon en 2031, puis les Etats-Unis en 2032.
Maîtres dans l'art du générique avec leurs concurrents chinois, les laboratoires indiens sont sur les rangs.
Quatre sont prêts à vendre rapidement leur médicament, selon les documents de mise sur le marché consultés par l'AFP. L'un d'eux, Zydus Lifesciences, pourrait le faire dès ce weekend.
- "Sédentaires" -
"Nous savons que plus de 50 marques seront disponibles", anticipe Sheetal Sapale, vice-président de la firme de recherche Pharmarak.
Même si, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Inde fournit à elle seule le tiers des mal-nourris de la planète, son essor économique a considérablement fait grandir sa classe moyenne, et avec elle évolué son mode de vie et ses habitudes alimentaires.
Les statistiques évaluent aujourd'hui à 24% des femmes et 23% des hommes la part des Indiens "en surpoids ou obèses".
"Quand les gens commencent à gagner de l'argent ici, il deviennent plus sédentaires", observe le chirurgien Sanjay Borude. "Dans d'autres pays, plus vous êtes riches, plus vous êtes actifs et plus vous vous occupez de votre santé. C'est tout le contraire en Inde".
Le chiffre d'affaires du marché indien des médicaments anti-obésité a décuplé ces cinq dernières années et représente 153 millions de dollars, selon les estimations des industriels du secteur, et il devrait atteindre le demi-milliard d'ici à 2030.
L'anti-obésité Mounjaro d'Eli Lilly est même devenu en octobre le médicament le plus vendu toutes catégories confondues, devançant le très populaire antibiotique Augmentin.
Mais son prix le met largement hors de portée de l'Indien moyen.
A la tête d'une clinique anti-obésité de Bombay, Swati Pradhan évalue son coût mensuel - selon le dosage - de 15.000 et 22.200 roupies (161 à 236 dollars). "Le prix peut être dissuasif", admet-elle. "Surtout pour ceux qui hésitent à le prendre et sont à l'affût d'options moins chères".
- Marché mondial -
Même si les fabricants locaux de génériques restent discrets sur leurs tarifs, les spécialistes tablent sur une forte baisse, jusqu'à 5.000 roupies seulement, pour un traitement mensuel.
Mais les laboratoires indiens voient déjà au-delà du seul marché, même gigantesque, du pays le plus peuplé du monde - près de 1,5 milliard d'habitants. La levée des brevets leur ouvre aussi les portes de plein d'autres pays prometteurs.
"Le sémaglutide à bas coût va élargir le marché des traitements les plus efficaces, notamment dans les pays à revenus moyens où les prix constituaient jusque-là une barrière", note Simon Barquera, président de la Fondation mondiale de l'obésité.
Déjà pourvoyeuse de 50% des médicaments génériques destinés à l'Afrique, l'industrie indienne entend conserver son rang. L'un de ses poids-lourds, Dr Reddy’s Laboratories, a annoncé qu'il voulait vendre son sémaglutide au Canada dès le mois de mai.
"Ces laboratoires (indiens) sont en bonne place pour prendre une bonne part du marché à ceux qui ont conçu les médicaments", prévoit Sheetal Sapale, de Pharmarak.
Loin de ses considérations commerciales, Sukant Mangal, 46 ans, espère d'abord que nombre de ses concitoyens pourront enfin accéder au traitement qui lui a permis de perdre près de 15 kilos en huit mois et a changé sa vie.
"Je connais un couple qui a commencé à en prendre", raconte-t-il. "Mais quand ils ont constaté qu'ils devraient dépenser 15 à 20.000 roupies par mois (...) ils ont arrêtés. Moins cher, cela aurait été pour eux bien plus simple".
L.E.Campos--PC