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La guerre au Moyen-Orient fait sentir ses premiers effets sur les prix en France
Les premiers effets de la guerre au Moyen-Orient ont commencé à se faire sentir sur l'inflation en France: elle a bondi à 1,7% en mars sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie, une tendance dont l'ampleur reste encore incertaine pour les mois à venir.
Selon une estimation provisoire publiée par l'Insee mardi, les prix à la consommation en France ont augmenté de 1,7% sur un an en mars, après une hausse de 0,9% en février.
Cette hausse de l'inflation est notamment due à un important rebond des prix de l'énergie et particulièrement des produits pétroliers (+7,3% sur un an contre -2,9% en février), selon l'Institut national de la statistique et des études économiques.
Les économistes s'attendaient à ce bond de l'inflation en mars, alors que la guerre au Moyen-Orient a fait grimper le prix du gaz, du pétrole et, par ricochet, celui des carburants, depuis son déclenchement le 28 février.
"Il n'y a pas de surprise avec ce chiffre, expliqué largement par la hausse de l'inflation énergétique, qui repasse en territoire positif", a réagi auprès de l'AFP Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.
"Les chiffres publiés aujourd'hui confirment qu’une première vague inflationniste est déjà en cours", a estimé également l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier.
- Effets de "second tour" -
Pour l'économiste Sylvain Bersinger, du cabinet Bersingéco, ces données montrent aussi que "les conséquences de la guerre en Iran se font déjà sentir", même si "le choc inflationniste n’a pas encore eu le temps de se diffuser sur l’ensemble de la chaîne de valeur".
Dans le détail, sur un an, les prix des services accélèrent légèrement comme ceux du tabac, tandis que les prix des produits manufacturés baissent plus rapidement que le mois dernier.
L'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH, qui permet les comparaisons entre les différentes inflations de la zone euro) augmente, lui, de 1,9% sur un an en mars, après 1,1% en février.
Si l'envolée des prix de l'énergie ne se répercute pas encore sur les autres prix, les économistes s'y attendent pour les prochains mois.
Pour Maxime Darmet, "le deuxième effet devrait être sur les factures de gaz et d'électricité" et "si le conflit dure au-delà de fin avril-début mai, il y a un risque qu'on commence à avoir des effets sur les prix alimentaires et sur les prix des biens".
"Les effets de second tour via les coûts de transport et certains biens industriels ne devraient pas tarder à apparaître", estime Mme de Montpellier, même si "le risque d’une spirale inflationniste demeure plus limité en France que dans le reste de la zone euro".
Dans l'ensemble de la zone euro, l'inflation a grimpé à 2,5% sur un an en mars, contre 1,9% en février, au plus haut niveau depuis janvier 2025, selon une première estimation publiée mardi.
- "Durée du choc" -
Pour la suite, l'ampleur du choc sur l'inflation et l'économie française dépendra de la durée et de l'intensité du conflit, soulignent les économistes.
Pour Sylvain Bersinger, "le scénario qui se dessine à la fin du mois de mars est celui d’un +mini choc pétrolier+", mais "à ce stade, le choc inflationniste devrait être nettement moindre que celui de 2022" avec la guerre en Ukraine, "et surtout que celui des années 1970".
"Tout va dépendre de la durée du choc", analyse François Geerolf, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Mais sur le long terme, la hausse de l’inflation "pourrait produire un ralentissement de la croissance, et le pouvoir d'achat des ménages va être affecté si le gouvernement n'intervient pas", souligne-t-il.
L'Insee a estimé la semaine dernière que la France devrait connaître "un net regain d'inflation", qui "franchirait les 2% au cours du printemps", et revu en baisse ses estimations de croissance aux premier et deuxième trimestres, à 0,2% contre 0,3% prévus avant.
Mauvaise surprise pour l'économie, les dépenses de consommation de biens des ménages se sont repliées nettement en février, de 1,4% sur un mois, selon des chiffres publiés mardi.
"Une douche froide" pour Maxime Darmet, qui estime que "la consommation rentre dans le conflit sur une base très faible".
E.Raimundo--PC