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Face à l'antisémitisme, Macron en appelle au "dreyfusisme" et met les Justes à l'honneur
Emmanuel Macron a appelé dimanche à une "vigilance" de "tous les instants" face au "retour" de l'antisémitisme en France, citant en exemple les "dreyfusards" qui oeuvrèrent pour l'innocence du capitaine Alfred Dreyfus et des "Justes", dont les noms seront désormais inscrits sur les lieux où ils sauvèrent des Juifs de la "barbarie nazie".
"Nous savons que les vieux démons de l'antisémitisme n'ont jamais totalement disparu de notre pays", a lancé le chef de l'État lors de la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l'innocence du capitaine Alfred Dreyfus, 120 ans jour pour jour après la décision de la Cour de cassation.
"Face à ce retour de l'odieux antisémitisme, la vigilance est un devoir de tous les instants", a-t-il clamé lors d'une cérémonie devant la Cour de cassation en présence de 150 invités, dont les descendants d'Alfred Dreyfus.
Les actes antisémites - 1.320 en 2025 - n'ont jamais été aussi nombreux en France que pendant les trois dernières années, selon le ministère de l'Intérieur.
La ministre des Armées Catherine Vautrin, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Yonathan Arfi et le Grand Rabbin de France Haïm Korsia étaient assis au premier rang. Aucun dirigeant de partis politiques n'était en revanche présent.
- "Un état d'esprit" -
Le capitaine Dreyfus, de confession juive, fut condamné pour haute trahison sur la base de fausses preuves et envoyé au bagne à la fin du XIXe siècle dans un climat profondément antisémite, avant d'être réhabilité au terme d'une longue bataille pour son innocence de responsables politiques, intellectuels et écrivains.
Emmanuel Macron a salué le "legs" des "dreyfusards", Émile Zola, auteur du célèbre "J'accuse" pour la défense du capitaine, Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Anatole France, Marcel Proust et "tant de femmes et d'hommes anonymes qui signèrent des pétitions au péril de leur réputation bourgeoise et parfois de leur statut social".
"Le Dreyfusisme (..) c'est un état d'esprit qui refuse que l'appartenance d'un homme à une religion, une origine, une communauté puisse devenir l'alibi permettant de le livrer en pâture à une justice et une opinion aveugles", a-t-il souligné.
Face à l'emballement des réseaux sociaux, c'est "aussi une méthode, ne jamais céder à la facilité du soupçon collectif (...) toujours préférer la preuve à la rumeur", "parfois contre l'air du temps", a-t-il asséné.
"Il est temps désormais que sur chaque maison, chaque immeuble, chaque lieu où des Juifs furent abrités, hébergés et sauvés soient apposés les noms des Justes qui les sauvèrent de la barbarie nazie", a dit le chef de l'Etat, en appelant "toutes les municipalités de France à faire leur cette entreprise".
La France compte plus de 4.300 "Justes parmi les Nations" reconnus pour avoir sauvé des Juifs pendant la Shoah, selon l'institut Yad Vashem de Jérusalem.
- "Tout un symbole" -
Une statue représentant le capitaine, dégradé dans la cour de l'École militaire le 5 janvier 1895, le sabre brisé mais toujours au garde-à-vous, est aussi désormais érigée devant la Cour de cassation.
Commandée par le ministre de la Culture Jacques Lang en 1985, elle devait à l'origine prendre place à l'École militaire avant d'errer pendant 40 ans entre plusieurs lieux dans Paris en raisons des réticences de l'armée et du président François Mitterrand.
"Cette venue de la statue au lieu même ou fut rendue la justice est tout un symbole", s'est félicité Charles Dreyfus, petit-fils du capitaine.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé qu'une place de la capitale portant jusqu'ici le nom de l'écrivain nationaliste Maurice Barrès, un des plus féroces détracteurs d'Alfred Dreyfus dans des écrits empreints de haine antisémite, porterait désormais le nom de Lucie Dreyfus, l'épouse du capitaine qui le soutint sans relâche dans son combat pour la justice.
"Paris veut signifier à toutes celles et tous ceux qui portent des discours de haine qu'il nous retrouveront toujours face à eux", a-t-il promis.
Dans ce long cheminement de réhabilitation, le Parlement a aussi élevé en 2025 Alfred Dreyfus au rang de général de brigade, grade auquel cet officier brillant aurait pu prétendre si son destin n'avait brutalement basculé.
C.Amaral--PC