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Israël bombarde le Liban, fragilisant la trêve avec l'Iran
La trêve entre l'Iran et les Etats-Unis semble tenir à un fil mercredi soir, Téhéran menaçant de reprendre les hostilités après les frappes meurtrières d'Israël sur le Liban.
Le vice-président JD Vance, qui doit conduire samedi la délégation américaine lors de discussions avec l'Iran au Pakistan, a jugé qu'il appartenait aux dirigeants iraniens de décider si la trêve échouait à cause du Liban.
"Si l'Iran veut que cette négociation capote à cause d'un conflit dans lequel ils se font étriller au Liban, qui n'a rien à voir avec eux, et dont les Etats-Unis n'ont jamais dit qu'il faisait partie du cessez-le-feu, c'est leur choix", a-t-il dit mercredi avant de quitter Budapest.
Des frappes israéliennes simultanées sur le Liban, en particulier des zones résidentielles de Beyrouth, ont fait 182 morts et 890 blessés mercredi, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.
L'armée israélienne a annoncé avoir mené sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, disant avoir visé "des centaines" de membres du mouvement pro-iranien, dont un commandant.
Une série de frappes a visé, sans avertissement, plusieurs quartiers au cœur de la capitale, provoquant des scènes de panique.
"J'ai vu l'avion frapper, les gens commencer à courir dans tous les sens, et la fumée s'élever", a dit Ali Younès, qui attendait sa femme près de la corniche Mazraa, un des secteurs visés.
Or, un cessez-le-feu au Liban constitue l'une des "conditions essentielles" de l'Iran énoncées dans son plan en dix points, base de la trêve avec les Etats-Unis, a insisté mercredi soir le président iranien Massoud Pezeshkian, selon l'agence Isna.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a lui jugé "déraisonnable" le cessez-le-feu et des négociations avec les Etats-Unis.
Malgré l'arrêt des bombardements israélo-américains sur l'Iran, après 39 jours d'un conflit qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, le calme est encore loin d'être revenu dans la région, et le flou subsiste sur les termes de l'accord.
Le Pakistan, médiateur du cessez-le-feu, a appelé les parties à la "retenue".
"Des violations du cessez-le-feu ont été signalées en quelques endroits dans la zone de conflit, ce qui sape l'esprit du processus de paix", a affirmé le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
Des représentants des deux parties doivent se retrouver samedi à Islamabad pour négocier un règlement à la guerre, au-delà de la trêve de deux semaines décidée dans la nuit de mardi à mercredi, in extremis, avant l'expiration d'un ultimatum de Donald Trump.
- "Epouvantable" -
"J'ai vu une frappe, c'était très fort, des enfants ont été tués, d'autres ont eu les bras coupés", a déclaré à l'AFP Yasser Abdallah, qui travaille dans un magasin d'électroménager dans un secteur proche du lieu d'un des bombardements dans la capitale libanaise.
Ces attaques ont suscité de nombreuses condamnations, de l'ONU à l'Irak en passant par la Jordanie.
Le Haut-Commissaire des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, a jugé l'ampleur des tueries "épouvantable" et appelé la communauté internationale à aider à mettre fin au " cauchemar".
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a décrété une journée de deuil national jeudi.
De son côté, le Hezbollah a dit être en "droit de riposter". Les Gardiens de la Révolution iraniens ont également menacé de répliquer après le "massacre brutal" à Beyrouth.
Le Premier ministre pakistanais avait pourtant déclaré que le cessez-le-feu s'appliquait "partout", y compris au Liban, ce que Washington a ensuite démenti.
Une liste publiée par la République islamique évoque notamment "le maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement d'uranium, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires".
Donald Trump s'est dit prêt à "discuter" de "la levée (...) des sanctions" asphyxiant l'économie de l'Iran, mais a assuré qu'il n'y aurait "aucun enrichissement d'uranium".
Le ton reste martial du côté de son allié israélien: le cessez-le-feu "n'est pas la fin de la campagne" contre l'Iran, a lancé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ajoutant qu'Israël était "prêt à reprendre le combat à tout moment".
La police israélienne a cependant annoncé que les Lieux saints des trois religions monothéistes à Jérusalem rouvriront jeudi.
- Soulagement des marchés -
Après un mardi ponctué de frappes et de menaces d'anéantissement de la "civilisation iranienne" proférées par Donald Trump, l'annonce d'une trêve est tombée en pleine nuit en Iran.
"J'ai encore des douleurs à cause de la peur", explique à l'AFP Simin, enseignante d'anglais de 48 ans. "Le choc et la pression psychologique ont été si intenses que même maintenant, on ne sait pas si on doit se sentir soulagés par la trêve ou pas."
Dans le Golfe, la prudence est de mise alors que l'Iran a poursuivi ses attaques de représailles au Koweït et aux Emirats arabes Unis, qui entend exiger que l'Iran paye pour "les dommages et réparations". Téhéran a dit avoir ainsi riposté à des frappes aériennes menées après la trêve contre ses propres installations pétrolières.
Et selon le Financial Times, une attaque de drone a visé un important oléoduc en Arabie saoudite.
Malgré ces incidents, l'annonce d'une réouverture au compte-gouttes du détroit d'Ormuz, couloir stratégique par lequel transitent normalement 20% de la consommation mondiale d'hydrocarbures, a provoqué une vague de soulagement sur les marchés mondiaux, se manifestant par une chute des cours du pétrole et un rebond des Bourses.
Deux navires, l'un grec et l'autre battant pavillon du Libéria, ont pu franchir le détroit mercredi, mais certains acteurs du transport maritime ont décidé de ne pas encore s'y hasarder, alors que plus de 800 bâtiments sont immobilisés dans le Golfe.
burx-lb/bdx
O.Salvador--PC