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La guerre au Moyen-Orient plonge Ryanair dans l'incertitude
La compagnie aérienne à bas coûts irlandaise Ryanair a renoncé lundi à présenter des prévisions annuelles, invoquant un manque de visibilité lié à la guerre au Moyen-Orient, malgré un bénéfice en forte hausse sur son exercice tout juste achevé.
Le conflit "a créé une incertitude économique et nous ne savons toujours pas quand le détroit d'Ormuz rouvrira", souligne dans un communiqué le directeur général du groupe, Michael O'Leary.
"En l'absence de visibilité sur le second semestre et compte tenu de la forte volatilité des prix du carburant et des risques sur l'approvisionnement, il est beaucoup trop tôt pour fournir à ce stade une quelconque prévision significative de bénéfice" sur l'exercice annuel décalé 2026-2027, ajoute-t-il.
La compagnie, qui dessert 36 pays, principalement en Europe, selon son site internet, bénéficie d'une couverture pour 80% de ses besoins en carburant sur l'exercice en cours, grâce à des achats anticipés à un coût d'environ 67 dollars le baril de kérosène.
Mais celui-ci a "grimpé à plus de 150 dollars le baril" et les prix mondiaux devraient "rester élevés par rapport aux niveaux d'avant-conflit pendant quelques mois", prévient le patron de Ryanair.
"Si le prix du carburant non couvert reste à ses niveaux élevés actuels", les coûts sur l'exercice pourraient augmenter, poursuit-il.
- "Faillites" l'hiver prochain -
Le blocage du détroit d’Ormuz pendant encore un an pourrait même "entraîner des faillites importantes de compagnies aériennes en Europe (l')hiver" prochain, notamment parmi les acteurs les plus endettés et les moins couverts face à la hausse du prix du carburant, a estimé Michael O'Leary, lors d’une conférence téléphonique avec des investisseurs.
Outre le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix du kérosène, l'entreprise souligne que la guerre en Ukraine, les "chocs macroéconomiques", les grèves et les "dysfonctionnements du contrôle aérien européen" constituent d’autres facteurs d'incertitude pour l'exercice 2026-27.
Michael O'Leary, connu pour son franc-parler, s'en est par ailleurs pris aux taxes environnementales dans l'Union européenne, qui "devraient augmenter de 300 millions d'euros supplémentaires cette année, pour atteindre environ 1,4 milliard d'euros, ce qui rend les voyages aériens en Europe encore moins compétitifs".
Il entend allouer la croissance du groupe "aux régions et aéroports qui ont réduit les taxes sur l'aviation et encouragent la croissance du trafic (comme l'Albanie, l'Italie, le Maroc, la Slovaquie et la Suède)" et s'éloigner "des marchés à forte fiscalité, peu compétitifs, comme l'Autriche, la Belgique, l'Allemagne" et certaines parties de l'Espagne.
Malgré les perspectives incertaines pour l'exercice en cours, la compagnie low cost a annoncé lundi de bons résultats pour son exercice achevé fin mars, avec un bénéfice en hausse de 35%, à 2,174 milliards d'euros, et un chiffre d'affaires en progrès de 11%, à 15,544 milliards d'euros.
- "Prudence dans les dépenses" -
Le groupe, qui vise 300 millions de passagers à horizon 2034, a transporté 208,4 millions de passagers lors de son exercice 2025-26, un chiffre en hausse de 4%.
Il anticipe une nouvelle hausse du trafic de 4%, à 216 millions de passagers, sur l'exercice en cours.
Les résultats sur 2025-26 s'expliquent notamment par une hausse de 10% du prix des billets, qui a compensé la baisse de 7% observée l'année précédente, a précisé Ryanair.
Mais dans un contexte d'incertitude liée à la guerre au Moyen-Orient et à l'évolution du pouvoir d'achat, les tarifs commencent à se tasser, a indiqué le groupe.
"Les consommateurs sont échaudés par la flambée des prix du pétrole depuis mars", a expliqué Dan Coatsworth, analyste chez AJ Bell. "Cela a renchéri le coût de la vie et incite à davantage de prudence dans les dépenses" des ménages, ce qui contraint les compagnies aériennes à "baisser les prix, ou au mieux à les maintenir stables, simplement pour soutenir la demande", a-t-il détaillé.
L'action de Ryanair perdait environ 1% en fin de matinée à la Bourse de Dublin.
T.Resende--PC