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Corée du Sud: grève à Samsung Electronics à partir de jeudi, au risque de bousculer l'économie
Un important mouvement de grève débutera jeudi en Corée du Sud chez le géant des puces-mémoires Samsung Electronics après l'échec de négociations sur le partage des bénéfices tirés de l'essor de l'intelligence artificielle, un conflit qui pourrait bousculer l'économie entière du pays.
Les organisations syndicales ont annoncé une grève pour la période du 21 mai au 7 juin, faute de compromis. Selon leur décompte, elle pourrait réunir 50.500 de leurs membres (sur quelque 125.000 salariés dans le pays).
Il s'agira de la deuxième grève dans l'histoire de Samsung Electronics, mais cette fois-ci le mouvement s'annonce bien plus massif que celui de 2024 qui avait mobilisé 6.000 employés.
L'impact économique pourrait être important: à lui seul, Samsung Electronics génère 12,5% du PIB de la Corée du Sud et les puces-mémoires représentent 35% des exportations du pays.
Ce nouveau conflit survient sur fond de boom de l'IA qui profite aux fabricants sud-coréens de puces-mémoires: au premier trimestre 2026, Samsung Electronics a multiplié par six son bénéfice net sur un an, à 27 milliards d'euros.
Les syndicats réclament en conséquence une hausse de salaire de 7%, la fin du plafonnement des primes et d'autres avantages.
Les salariés exigent également que Samsung, qui approvisionne les géants technologiques américains comme Nvidia, consacre 15% de son bénéfice d'exploitation aux primes.
Des écarts massifs entre les employés de la section des puces de Samsung, bénéficiant de généreuses primes, et ceux des autres départements sont notamment mis en avant.
L'organisation syndicale Samsung Electronics Labor Union (SELU) a indiqué mercredi avoir "accepté la proposition de médiation soumise par la Commission nationale des relations du travail", un organisme officiel, mais que "la direction a signifié son refus".
En conséquence, "le syndicat déclenchera demain, en toute légalité, une grève générale", a-t-elle indiqué.
- "Revendications excessives" -
"En aucun cas une grève ne doit avoir lieu", a de son côté insisté la direction de Samsung dans un communiqué, se disant prêt à dialoguer "jusqu'au tout dernier moment".
Pour autant, les négociations ont jusqu'ici échoué car "accéder aux revendications syndicales excessives risquerait de compromettre les principes fondamentaux de la gestion de l'entreprise", a estimé le groupe.
Il met en avant sa politique de rémunérations adaptées aux performances de chaque employé.
Longtemps farouchement opposé aux syndicats, le fondateur de Samsung, Lee Byung-chul, avait juré qu'il n'en permettrait jamais la création de son vivant. Il est mort en 1987. Le premier syndicat fut établi à la fin des années 2010.
Propulsés par la fièvre sur l'IA, les champions des puces-mémoires Samsung Electronics et SK hynix dopent la croissance sud-coréenne et la Bourse de Séoul.
Signe de son statut de locomotive, la valeur boursière de Samsung Electronics a franchi la barre des 1.000 milliards de dollars pour la première fois début mai.
L'action a flambé de 400% en un an, tandis que son compatriote SK hynix, autre géant des puces mémoires, bondissait d'environ 780%.
Selon l'agence de presse Yonhap, la Banque de Corée a estimé lundi que dans le pire des scénarios, un arrêt total de production pourrait amputer le taux de croissance sud-coréen de 0,5 point de pourcentage en 2026.
- "Dommages inimaginables" -
Et un arrêt partiel d'activité pourrait s'avérer dommageable, même si le syndicat NSEU argue lui que des arrêts de production ont déjà eu lieu pour des raisons de maintenance, d'ajustements et d'inspection des équipements.
Le Premier ministre Kim Min-Seok avait lui même mis en garde dimanche contre des "dommages économiques (...) inimaginables" en cas de grève.
Il a prévenu que, au cas où une grève "menacerait de causer des dommages massifs à l'économie nationale", le gouvernement pourrait "recourir à tous les moyens d'intervention, y compris un arbitrage d'urgence", procédure spéciale qui suspendrait la grève pour 30 jours.
Par ailleurs, dans une décision rendue lundi, un tribunal sud-coréen a ordonné que les opérations au sein des usines de puces soient maintenues à des niveaux "normaux" et interdit aux syndicats d'occuper les installations liées à la production et aux activités essentielles.
Les syndicats reconnus coupables d'infraction s'exposent à des amendes de 100 millions de wons (57.000 euros) par jour.
Mais une section syndicale fait valoir que ce jugement permettrait d'appliquer les niveaux d'effectifs restreints prévus pour les week-ends et jours fériés.
E.Borba--PC