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Berlin et Paris resserrent les rangs après l'échec du Scaf
Un premier pas symbolique vers une dissuasion nucléaire "avancée", une ambition commune sur des dossiers technologiques épineux : Paris et Berlin ont voulu montrer vendredi qu'ils aspiraient toujours à une défense la plus intégrée possible, malgré l'échec cuisant de leur avion de combat commun.
Face à la menace russe et au désengagement américain prôné par Donald Trump, qui demande aux alliés de l'Otan de dépenser plus pour leurs armées, les dirigeants des deux puissances européennes, Emmanuel Macron et Friedrich Merz, ont réaffirmé à Brühl, près de Cologne, dans l'ouest de l'Allemagne, leur détermination à accélérer pour mieux protéger le continent.
Et ce malgré les aléas rencontrés dans leurs projets phares, en tête desquels le Scaf (Système de combat aérien du futur), enterré en juin après neuf années de discussions en raison de rivalités industrielles entre l'Européen Airbus et le Français Dassault.
Le Scaf devait remplacer à partir des années 2040 l'Eurofighter Typhoon en Allemagne et le Rafale de Dassault en France. Mais cet "arrêt" ne concerne que les "moteurs associés" de l'avion commun, a dit le président français, soulignant que la coopération se poursuivait pour "tout le reste".
Les deux pays ont ainsi convenu de travailler sur "un standard commun pour assurer l'interopérabilité" entre tous leurs systèmes de combat en vol, des drones aux avions de chasse.
Autres dossier en souffrance, le char du futur MGCS et le report de l'entrée en bourse du groupe franco-allemand KNDS, au coeur du projet, en raison de la frilosité des investisseurs.
Paris et Berlin ont souligné vendredi leur "intérêt particulier à une introduction en bourse rapide" de KNDS, "en fonction des conditions de marché et dès qu'ils auront conjointement décidé de faire progresser la situation".
Mais leur annonce suivante, celle d'étudier "une approche pour le combat collaboratif" du véhicule blindé, entretient le doute sur l'avenir du projet.
- Exercice nucléaire -
Les deux alliés ont aussi acté, sans avancées très concrètes, la poursuite de la coopération sur la propulsion balistique à longue portée (projet Elsa), la défense aérienne et antimissile, le domaine spatial (Iris2) et "l'alerte avancée" via les satellites connectés (Jewel).
Un pas concret, et très symbolique, va en revanche être franchi dès 2026 sur la coopération en matière de dissuasion nucléaire : huit décennies après la fin de la Seconde guerre mondiale, les forces conventionnelles allemandes vont participer à un exercice nucléaire de leurs homologues françaises.
La présence d'un Rafale des forces stratégiques françaises sur la base aérienne de Nörvenich, que M. Merz et Emmanuel Macron ont visitée ensemble vendredi matin, "marque la première étape opérationnelle" de la "dissuasion avancée" voulue par le président français.
Cette vision associe huit pays européens à l'arme atomique français, mais "sans aucun partage de la décision ultime" d'engagement du feu nucléaire qui restera une prérogative exclusive de l'Elysée.
- Continuité -
Sur la défense comme le reste, le temps presse à un an du départ d'Emmanuel Macron, dont c'était le dernier conseil franco-allemand. Et la perspective d'une victoire de l'extrême droite française, avec Marine Le Pen, est un facteur d'incertitude supplémentaire.
Sur ce point, M. Merz a joué la carte de la continuité. "L'Allemagne tendra toujours la main à une coopération approfondie et fondée sur la confiance avec la France, quelle que soit la décision des électeurs de nos deux pays", a déclaré le chancelier, lui-même menacé par la poussée de l'extrême droite allemande.
"Méfiez-vous tout de même des sondages", a rétorqué Emmanuel Macron, soulignant son élection surprise en 2017 et appelant à faire "confiance au peuple français".
D'ici là, les deux dirigeants ont acté des feuilles de route pour leurs ministres d'ici septembre. "La période octobre-décembre, c'est vraiment le temps de l'action", a affirmé Emmanuel Macron dans la perspective de sa dernière rentrée comme chef d'Etat.
Parmi les feuilles de route attendues à la rentrée, une vision pour protéger l'industrie européenne, un compromis sur le budget européen, dont les négociations patinent, ou encore l'union des marchés de capitaux.
Autre priorité affichée vendredi : une position commune sur des échanges commerciaux avec la Chine, accusée de faire une concurrence déloyale à l'industrie européenne avec sa monnaie et ses subventions.
E.Paulino--PC