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Bétharram: Bayrou face aux victimes
François Bayrou, accusé par la gauche d'avoir menti sur sa connaissance des violences et agressions sexuelles au collège-lycée de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), qu'ont fréquenté plusieurs de ses enfants, rencontre le collectif des victimes samedi à Pau.
Un peu avant midi, le chef du gouvernement a commencé à échanger avec huit victimes à la mairie de la cité béarnaise, dont il a conservé le fauteuil, ont constaté des journalistes de l'AFP, alors qu'à l'extérieur une dizaine de manifestants scandaient "Bayrou démission".
Il avait déjà parlé au téléphone mercredi avec leur porte-parole, Alain Esquerre, qui lui reprochait de "n'avoir pas eu un mot" pour les personnes concernées depuis le début de l'affaire visant cette institution béarnaise, fondée en 1837 près de Lourdes.
Deux premières plaintes pour violences avaient été déposées en 1996, dont l'une concernait un camarade de classe d'un fils de M. Bayrou, selon le père de la victime, et une autre pour viol en 1998, qui n'a pas pu aboutir en raison du décès du prêtre mis en cause, retrouvé deux ans plus tard dans le Tibre à Rome.
Le parquet a ouvert l'an dernier une nouvelle enquête portant désormais sur plus d'une centaine de plaintes visant des violences physiques, agressions sexuelles et viols qui auraient été commis dans le collège-lycée privé sous contrat Notre-Dame-de-Bétharram. Elle se concentre sur une période allant des années 1970 aux années 1990.
- Commission d'enquête parlementaire demandée -
François Bayrou, ministre de l'Éducation entre 1993 et 1997, puis député des Pyrénées-Atlantiques et président du conseil général les années suivantes, avait déclaré mardi à l'Assemblée n'avoir "jamais à cette époque été averti" de tels faits, position qu'il a répétée le lendemain face à de nouvelles questions de deux députés insoumis et écologiste.
L'un des deux, le député LFI Paul Vannier, a réclamé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le contrôle des établissements scolaires privés, demande qui sera examinée mercredi en commission des Affaires culturelles et de l'éducation à l'Assemblée, où une motion de censure déposée par le PS doit être étudiée dans la semaine.
"On a beaucoup de choses à lui dire", a déclaré M. Esquerre à la presse avant la rencontre à huis clos avec le Premier ministre à qui il avait demandé mercredi d'"allouer davantage de moyens au parquet de Pau pour cette affaire" et de faire "des violences sexuelles une priorité nationale".
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a indiqué samedi qu'il y aurait "plus de moyens pour les parquets en général, pour le parquet de Pau en particulier", "d'ailleurs à la demande du Premier ministre, toujours très attentif à ce qui se passe dans sa commune".
"On fait le procès de François Bayrou. Ce sera le procès de toute la population locale. Tout le monde savait qu'il y avait des violences à Bétharram. C'est d'ailleurs ce qui faisait l'ADN de cet établissement", a ajouté M. Esquerre.
Les victimes dénoncent un "système de prédateurs", avec des masturbations, des fellations contraintes ou subies, mais aussi des châtiments corporels.
- Inspection académique -
Un homme de 45 ans, venu samedi après avoir entendu parler de l'affaire "il y a trois jours dans les médias" raconte avoir subi la punition dite "du perron", lors de laquelle des élèves étaient laissés dehors, au bord du gave de Pau, sans leurs vêtements.
"Mais parfois le surveillant s'endormait, alors on y passait toute la nuit jusqu'au matin", raconte cet ancien élève (1995-1996), qui a requis l'anonymat et souhaite désormais porter plainte. Il évoque aussi la sanction du "pied du lit", "où on devait rester planté devant notre lit, pendant des heures".
Le ministère de l'Education nationale, qui n'a "à ce stade" pas retrouvé de traces de contrôle de cet établissement dans le passé, a pour sa part ordonné vendredi au rectorat de Bordeaux de mener une inspection du collège-lycée.
L'Inspection académique avait toutefois diligenté une enquête en 1996 après les plaintes pour violences dans cet établissement. Après une journée sur place, l'inspecteur avait conclu dans son rapport, consulté par l'AFP, que Notre-Dame-de-Bétharram "n'est pas un établissement où les élèves sont brutalisés".
A.P.Maia--PC