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Entre heurts et annonces, journée chaotique pour Macron au Salon de l'agriculture
Emmanuel Macron a quitté samedi soir le Salon de l'agriculture après 13 heures d'une visite marquée par des huées et des heurts d'une rare intensité, alors que l'exécutif cherchait depuis un mois à apaiser le mouvement de colère des agriculteurs avant leur grand rendez-vous annuel.
Sur le fond, le président français s'est efforcé toute la journée de prouver que les agriculteurs avaient été écoutés par l'exécutif et les réformes lancées. Et il a accédé en particulier à deux revendications: la fixation future d'un prix minimum auquel les agriculteurs vendraient leur viande ou autre produit, et l'élévation au rang d'intérêt général majeur de l'agriculture.
"Qui aurait dit ce matin que 12 heures plus tard, on se retrouverait ici à continuer de travailler, d'avancer?" a-t-il lancé peu avant 20H00, satisfait d'avoir parcouru l'événement en dépit d'un démarrage chaotique, et taclant: "C'est ridicule de la part d'agriculteurs d'avoir fait de la violence sur un salon qui est le leur."
Sans les citer nommément, Emmanuel Macron fait allusion plus particulièrement aux manifestants de la Coordination rurale, 2e syndicat représentatif derrière l'alliance FNSEA/Jeunes agriculteurs (JA), reconnaissables à leurs bonnets jaunes, et qu'il a clairement accusés de faire le jeu du Rassemblement national.
- "Jour triste" -
Un peu plus tard, le préfet de police de Paris Laurent Nuñez affirme lui aussi que "ceux qui ont été les plus déterminés et qui sont restés à vouloir approcher au plus près le président, c'étaient les membres de la Coordination rurale".
M. Nuñez a indiqué que huit membres des forces de l'ordre avaient été blessées, "dont deux un peu plus sérieusement". Ils ont dû faire "rempart de leur corps face à "300 ou 400" manifestants cherchant à approcher du chef de l'Etat.
Avant l'ouverture officielle, des centaines de personnes menées par des agriculteurs de la FNSEA, des JA et de la Coordination rurale ont forcé l'entrée du parc des expositions parisien de la porte de Versailles. Ils ont fait irruption dans le hall principal, déclenchant des heurts avec les forces de l'ordre. Au même moment, vers 08H00, Emmanuel Macron s'entretenait au 1er étage avec les responsables syndicaux agricoles.
L'image restera de CRS et gendarme mobiles casqués et boucliers en main tentant de contenir des agriculteurs en colère qui agonissent le président d'injures ("fumier", "menteur") et demandent sa démission.
La situation était "hors de contrôle", a estimé auprès de l'AFP le secrétaire national Alliance des CRS et ancien responsable de groupes de sécurité du président et du Premier ministre, Johann Cavallero.
D'autres présidents ont dû affronter au Salon sifflets, huées et bousculades, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Mais sans commune mesure avec les événements de samedi.
La pagaille a en tout cas retardé l'ouverture du salon aux visiteurs, et fortement compliqué pour les visiteurs l'accès au hall le plus couru, celui des animaux, théâtre des empoignades avec les forces de l'ordre et des huées.
"Je voudrais qu'on passe de ce jour triste à des jours heureux", alors que le salon courra jusqu'au 3 mars, et accueille habituellement 600.000 visiteurs.
De larges périmètres de sécurité ont été créés autour d'Emmanuel Macron qui, après les huées de la première partie de la journée, a pu ensuite déambuler dans un autre hall dans le calme, générant un contraste entre les allées clairsemées autour de lui et celles bondées de visiteurs dans les autres pavillons.
- Rémunération minimum -
Devant les agriculteurs dans un débat improvisé de deux heures, Emmanuel Macron répète qu'il a pris 62 engagements en réponse au mouvement qui a éclaté le 18 janvier. Parmi ses autres annonces, il a promis un recensement des exploitations nécessitant des aides de trésorerie d'urgence, et redit que la France n'interdirait plus de pesticides plus vite que ses voisins européens.
A la tête de la FNSEA, Arnaud Rousseau a reconnu sur LCI un "certain nombre d'avancées dont nous nous réjouissons".
"Il fallait probablement qu'on passe par ce moment de colère", a-t-il estimé.
La FNSEA se montre sceptique sur la perspective de "prix planchers", saluée à l'inverse par la Confédération paysanne.
"D'une région à l'autre on n'a pas les mêmes charges (...) le prix minimum on n'en veut pas parce que sinon ça nous bloquerait le prix vers le bas et finalement nous ramènerait vers un Smic agricole", a expliqué sur TF1 un des vice-présidents de la FNSEA, Luc Smessaert.
Emmanuel Macron a donné rendez-vous aux représentants syndicaux d'ici trois semaines, après le Salon, qui durera jusqu'au 3 mars.
Le président a aussi posé les jalons d'un débat à distance avec le Rassemblement national, avant les élections européennes de juin où le parti est annoncé favori dans les sondages. A la veille de la visite du président du RN Jordan Bardella, il a dénoncé un "projet de décroissance et de bêtise" qui consisterait à "sortir de l'Europe".
M.Carneiro--PC