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Nouvelles turbulences chez BP, qui évince son président pour son comportement
Le géant britannique des hydrocarbures BP a annoncé lundi se séparer avec effet immédiat de son président Albert Manifold, en raison "de graves préoccupations" liées à sa gouvernance, nouveau coup de théâtre pour un groupe qui n'en finit plus de se chercher une direction stable.
Le conseil d'administration a décidé "à l'unanimité qu'Albert Manifold ne devait plus exercer les fonctions de président et d'administrateur avec effet immédiat", explique l'entreprise dans un communiqué.
"Le conseil a été surpris et déçu d'apprendre l'existence de problèmes de supervision en matière de gouvernance et de conduite qu'il juge inacceptables, et il a pris des mesures décisives", a expliqué Amanda Blanc, l'une des administratrices, citée dans le communiqué.
Les faits reprochés à M. Manifold, 63 ans, ne sont pas détaillés, mais selon le Financial Times, qui cite des personnes au fait des discussions au sein de BP, M. Manifold était considéré comme "trop agressif". Le quotidien évoque aussi des tensions avec la directrice générale, Meg O'Neill, dont il aurait tenté de contester l'autorité.
Contacté par l'AFP, BP s'est refusé à tout commentaire supplémentaire sur son ancien président.
Celui-ci venait d'essuyer un vote contestataire lors de l'assemblée générale des actionnaires fin avril, la résolution sur son élection recueillant plus de 18% de voix défavorables.
- "Interventionniste et controversé" -
Ce départ vient un peu plus secouer un groupe marqué par une grande instabilité à sa tête ces dernières années et des résultats à la traîne par rapport à ses concurrents, notamment son compatriote Shell, en raison d'une désastreuse tentative de virage vert, puis d'un recentrage radical sur les hydrocarbures.
M. Manifold, ancien directeur général du groupe irlandais de matériaux de construction CRH (2014-2024), avait été appelé à la rescousse de BP pour piloter cette nouvelle stratégie.
Il avait pris ses fonctions à la tête du Conseil d'administration le 1er octobre dernier à la place du Norvégien Helge Lund, premier à faire les frais de la révolution interne.
Le groupe avait dans la foulée nommé une nouvelle directrice générale, l'Américaine Meg O'Neill, qui a pris ses fonctions début avril à la place de Murray Auchincloss, avec pour mission de mettre en oeuvre ce plan, qui comprend aussi un important volet de réduction des coûts.
Albert Manifold "était considéré comme un président interventionniste et controversé", souligne Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB, pour qui ce départ "suscite de véritables inquiétudes quant aux politiques RH de BP et à sa culture d'entreprise".
Le prédécesseur de Murray Auchincloss, Bernard Looney, avait déjà démissionné en 2023 après la révélation de relations personnelles non pleinement divulguées au sein de l'entreprise.
- Chute du titre -
"Cela suggère également un manque de stabilité au sein du groupe, ce qui est une mauvaise nouvelle pour les actionnaires", ajoute Kathleen Brooks.
Le titre a chuté de plus de 9% à la Bourse de Londres peu après cette annonce et perdait un peu plus de 5% en milieu d'après-midi.
L'administrateur Ian Tyler a été nommé par le conseil pour assurer l'intérim jusqu'à la nomination du successeur de M. Manifold.
BP a vu en 2025 son bénéfice annuel fondre de 86%, après avoir déjà chuté à pic un an plus tôt, plombé par la baisse des prix du pétrole et une lourde charge liée à la transition énergétique.
Le groupe vient cependant d'annoncer un bénéfice en forte hausse au premier trimestre, porté par son activité de négoce pétrolier, qui a tiré profit de la volatilité des prix du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Mme O'Neill prévoit de réorganiser l'entreprise, en dissociant clairement ses activités amont et aval --c'est-à-dire la prospection et l'extraction d'un côté, et le raffinage et la commercialisation de l'autre.
Elle aussi a dû faire face lors de la dernière assemblée générale à un désaveu cinglant de ses actionnaires, qui ont largement rejeté deux résolutions vues comme un recul de la transparence, notamment sur sa stratégie climatique.
S.Pimentel--PC