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Plus de 100.000 manifestants pour le rejet de l'antisémitisme
Une foule très nombreuse et un signal adressé par les Français: plus de 100.000 personnes ont défilé dimanche à Paris pour la "grande marche civique" contre l'antisémitisme, en présence d'une bonne partie de la classe politique française dont l'extrême droite, mais sans le chef de l'Etat ni l'opposition de gauche radicale.
"Pour la République, contre l'antisémitisme": derrière ce mot d'ordre, la tête du cortège s'est élancée depuis le parvis de l'Assemblée nationale avant de s'arrêter à plusieurs reprises pour entonner la Marseillaise. Peu de pancartes ou de banderoles, mais les drapeaux tricolores étaient de sortie.
L'esplanade des Invalides, point de départ de , est restée longtemps emplie d'une foule compacte, témoignant d'une très forte affluence. Les manifestants étaient précisément 105.000 à Paris, selon la police.
"Je ne pensais pas devoir manifester un jour contre l'antisémitisme", a témoigné auprès de l'AFP Johanna, 46 ans, secrétaire médicale en Seine-Saint-Denis, venue pour la seule raison qu'on ne doit pas "avoir peur d'être juif". Comme beaucoup, elle a préféré ne donner que son prénom.
Plus tôt dans la journée, d'autres rassemblements ont réuni des milliers de personnes à Lyon, Nice ou Strasbourg.
"On est heureux et rassurés que les Français aient répondu présents", a dit Yaël Braun-Pivet. "Notre ordre du jour, c'est la République", a résumé M. Larcher, prônant un "sursaut citoyen" face à l'explosion du nombre d'actes hostiles aux juifs depuis les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre et la riposte militaire massive qui a suivi.
La France compte la communauté juive la plus nombreuse d'Europe, avec environ 500.000 personnes, qui vivent côte-à-côte avec des millions de musulmans. L'augmentation des actes antisémites est un des signes d'une importation redoutée du conflit.
"Je suis juif et j'ai pas envie de me cacher pour pouvoir vivre tranquillement", témoigne Lucas, 17 ans, lycéen en banlieue parisienne.
C'est une cause pour laquelle "tout le monde devrait se sentir concerné", a jugé le grand rabbin de France Haïm Korsia, regrettant que le sujet ait tourné au pugilat politique, "une honte".
"Les postures n'ont pas leur place" dans cette manifestation, avait mis en garde Elisabeth Borne dimanche matin, ciblant à la fois la gauche radicale de La France insoumise dont "l'absence parle d'elle-même", et l'extrême droite du Rassemblement national dont "la présence ne trompe personne".
- Tensions -
Mais pour ses électeurs comme Christine, retraitée de 71 ans rencontrée dans la manifestation, "on est en train de faire passer le RN pour un parti anti-juif à cause des mots maladroits" de son fondateur Jean-Marie Le Pen qui "n'est pas antisémite".
La présence de l'extrême droite était cependant source de quelques tensions dans le défilé. Un groupe de militants de l'organisation juive de gauche Golem a ainsi brièvement essayé de s'opposer à sa participation au début de la manifestation.
Les partis de gauche Europe Ecologie-Les Verts, PS et PCF ont eux choisi de s'afficher derrière une banderole commune "contre l'antisémitisme et tous les fauteurs de haine et de racisme" dans une démarche de "cordon républicain" face à l'extrême droite, qui a défilé en queue de cortège.
"J'ai hésité a venir manifester derrière des drapeaux français et des politiques de droite mais l'importance de lutter contre l'antisémitisme l'a emporté", dit à l'AFP Nathalie Cassard, 53 ans, parisienne, lectrice documentaliste et électrice de gauche. "On ne peut pas nier qu'on connaît des voisins juifs qui ont peur".
- Macron absent -
Emmanuel Macron, lui, a décidé de ne pas défiler. Le président de la République s'est adressé aux Français samedi soir, par le biais d'une lettre publiée par le journal Le Parisien. Il y a déploré "l'insupportable résurgence d'un antisémitisme débridé".
"Une France où nos concitoyens juifs ont peur n'est pas la France", a-t-il écrit, en lançant un appel à l'unité de la France "derrière ses valeurs, son universalisme".
Mais la France insoumise manquait à l'appel. Le parti de gauche radicale, accusé d'ambivalences sur l'antisémitisme, boycottait la manifestation du fait de la présence du RN. Dans un message sur X, son leader Jean-Luc Mélenchon estimait en fin de journée que les organisateurs avaient "échoué à reproduire les mobilisations générales du passé".
Signe d'une fracture grandissante, le dépôt de gerbe organisé par LFI en fin de matinée près de l'emplacement de l'ancien Vel d'Hiv a été perturbé par un groupe de contre-manifestants arborant des pancartes "Touche pas à la mémoire", aux cris de "collabos".
Les responsables musulmans étaient par ailleurs divisés, plusieurs organisations ayant déploré que l'appel à manifester ne comporte "pas un mot sur l'islamophobie" et pointé "les amalgames" entre islam et antisémitisme.
E.Raimundo--PC