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La cheffe de l'opposition bélarusse attend le moment "opportun"
Un "simulacre" d'élection présidentielle attendu ce mois-ci au Bélarus ne changera rien, déclare à l'AFP Svetlana Tikhanovskaïa, la cheffe de file de l'opposition bélarusse en exil, qui appelle à attendre le moment "opportun" pour des changements dans le pays.
L'élection a été fixée au 26 janvier, quatre ans et demi après que les soupçons de fraude électorale généralisée au précédent scrutin avait conduit à des manifestations de masse, noyées dans la répression par le président Alexandre Loukachenko qui dirige le Bélarus depuis 1994.
Mme Tikhanovskaïa, ancienne professeure d'anglais, qui avait revendiqué la victoire face à M. Loukachenko à ce scrutin de 2020 auquel elle s'était présentée avec le soutien de l'opposition en lieu et place de son mari emprisonné, a été contrainte de quitter le pays et vit désormais en Lituanie.
Elle qualifie de "simulacre" et de "farce" le prochain scrutin auquel l'homme fort du Bélarus, proche allié de Moscou, se présente désormais sans opposition.
Les opposants politiques désormais "sont en prison ou en exil", souligne-t-elle. "Tous les partis ont été liquidés. Il n'y a pas de médias libres... Les gens sont vraiment effrayés par les quatre années de répression", a déclaré Mme Tikhanovskaïa dans un entretien accordé jeudi à l'AFP à Varsovie.
"Ce que fait Loukachenko, c'est se reconduire lui-même dans ses fonctions... Politiquement, ce rituel ne changera rien", a-t-elle déclaré.
Mais le moment n'est pas favorable à des manifestations, a estimé l'opposante.
"Je ne veux vraiment pas que les gens sacrifient leur liberté en ce moment pour rien, vous savez, en vain. Je demande aux gens de se préserver pour un moment vraiment propice", a-t-elle ajouté.
"Ce moment viendra, c'est certain, et les gens doivent rester prêts à agir", a-t-elle insisté.
Mme Tikhanovskaïa a évoqué plusieurs scénarios possibles, dont la victoire de l'Ukraine voisine qui lutte contre l'invasion russe depuis 2022.
"Il peut s'agir de turbulences économiques au Bélarus. Il peut s'agir tout simplement d'un coup d'État dans les structures politiques, car de nombreuses personnes autour de Loukachenko ne sont pas satisfaites de lui", a-t-elle poursuivi.
"Il peut s'agir de problèmes de santé... Mais ma tâche est d'être préparée pour ce moment, de ne pas manquer l'occasion", a souligné Mme Tikhanovskaïa.
Elle a indiqué aussi que son équipe a déjà noué des contacts avec la nouvelle administration de Donald Trump qui entrera en fonction ce mois-ci, et auprès de laquelle elle compte souligner l'importance géopolitique du Bélarus .
"Sans un Bélarus libre, démocratique et indépendant, il n'y aura pas de sécurité pour l'Europe, il y aura (en revanche) une menace constante", a-t-elle insisté.
"Il y a de l'incertitude dans le monde politique, mais je ne peux pas imaginer un scénario dans lequel les États-Unis trahiraient leurs principes démocratiques".
- "Intensifier la pression" -
Mme Tikhanovskaïa s'est présentée à l'élection présidentielle de 2020 pour remplacer son mari Sergei Tikhanovski, qui avait prévu de défier Loukachenko mais qui a été arrêté avant le vote.
M. Tikhanovski a été condamné à 18 ans de prison en 2021, accusé d'avoir organisé des émeutes et incité à la haine sociale, selon les médias d'État.
Mme Tikhanovskaïa a indiqué n'avoir pas eu de nouvelles de son mari, détenu au secret comme de nombreux autres prisonniers politiques, depuis mars 2023.
"Bien sûr, c'est très difficile, vous savez. Le régime veut épuiser les proches, avant tout, mais aussi punir une fois de plus" les prisonniers, a-t-elle déclaré à l'AFP.
"Il est si facile de persuader les gens derrière les barreaux (en leur disant) : Regarde, le monde t'a oublié, ils s'en fichent... C'est comme de la torture psychologique", a-t-elle ajouté.
À l'approche des élections, Minsk a gracié certains prisonniers politiques, tandis que des photos et des vidéos d'autres personnes emprisonnées ont été publiées pour la première fois depuis des mois.
Mme Tikhanovskaïa s'est déclarée "très heureuse" de voir ces images, ajoutant qu'elle aimerait aussi revoir son mari "pour être sûre qu'il est en vie".
Mais elle dit ne pas savoir à quoi s'attendre de la part du régime.
Selon elle, si M. Loukachenko voulait vraiment envoyer un signal clair sur un changement de sa politique, il devrait mettre fin aux détentions.
Pourtant, "la répression s'est même intensifiée avant les prétendues élections", a-t-elle ajouté.
Mme Tikhanovskaïa a appelé des institutions comme les Nations unies, la Croix-Rouge et le Vatican à "se montrer proactives et à exiger l'accès aux prisonniers politiques" au Bélarus.
"Toutes ces publications d'images de nos héros dans les prisons ou ces libérations sont le résultat d'une attention, d'une pression politique et économique", a souligné Mme Tikhanovskaïa.
"C'est pourquoi il nous faut intensifier cette pression".
V.F.Barreira--PC