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"Conservatrice de gauche", le pari de Sahra Wagenknecht pour les élections allemandes
Va-t-elle dynamiter le système politique allemand ? C'est l'ambition de l'ancienne communiste Sahra Wagenknecht, cheffe d'une nouvelle formation étiquetée "conservatrice de gauche" dont la possible entrée au parlement donne des sueurs froides aux autres partis.
A six semaines des législatives du 23 février, cette élue chevronnée de 55 ans a reçu dimanche une ovation debout en lançant la campagne de son parti, créé il y a un an et qui porte son nom, l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW).
Celle qui a déjà bouleversé les clivages avec sa ligne qui pioche à la fois dans ses racines anticapitalistes, pacifistes et prorusses, et des positions sur l'immigration proche de la droite dure, a prononcé un discours enflammé.
Elle a accusé le chancelier Olaf Sholz et les partis de sa coalition mal en point de centre-gauche de mener l'Allemagne vers la "misère".
"Notre pays est menacé de désindustrialisation, combinée à une perte dramatique de prospérité pour la population, et une perte significative de sécurité", a-t-elle déclaré.
"C'est pourquoi nous avons enfin besoin d'un signal différent et non de la poursuite de la même chose, car notre pays ne peut plus le supporter", a encore lancé Sahra Wagenknecht.
Le parti BSW a effectué un démarrage électoral fulgurant en décrochant la troisième place dans trois scrutins régionaux organisés à la fin de l'été dans l'est de l'Allemagne.
Avec des scores entre 12 et 16%, Sahra Wagenknecht a touché les électeurs de l'ex-RDA communiste, où le sentiment de déclassement est plus fort qu'à l'ouest.
- Contre-courant -
Née en ex-RDA, d'un père iranien qu'elle a peu connu et d'une mère allemande, elle a souvent nagé à contre-courant, s'engageant au Parti communiste quelques mois avant la chute du Mur, en 1989.
"J'aurais mille fois préféré passer ma vie en RDA plutôt que dans l'Allemagne dans laquelle je dois vivre actuellement", déclarait-elle alors que le monde entier célébrait la réunification de l'Allemagne.
Fin 2023, elle a claqué la porte du parti d'extrême gauche Die Linke, dont elle était l'une des grandes figures, pour créer sa propre plateforme.
Dans un entretien à l'AFP en septembre, Mme Wagenknecht reconnaissait que "Vladimir Poutine a déclenché une guerre contraire au droit international", tout en jugeant que "l'ouest a sa part de responsabilité", faute d'avoir "pris au sérieux les préoccupations sécuritaires de la Russie".
Après ses bons scores aux élections régionales, le BSW s'est imposé comme arbitre dans les parlements des Länder de Thuringe et du Brandebourg, seul partenaire possible des partis politiques qui ne voulaient pas composer avec l'extrême droite.
Dans le Brandebourg, il s'est allié avec le parti social-démocrate d'Olaf Scholz. En Thuringe, avec le SPD et les conservateurs de la CDU. L'accord ne s'y est pas fait sans mal, le BSW prônant entre autres un arrêt des livraisons d'armes à Kiev.
Sahra Wagenknecht s'est tellement impliquée dans les négociations que des tensions sont apparues avec sa cheffe de file de Thuringe.
- Peu d'adhérents -
Après ses bons débuts, la formation symbolisée par la couleur mauve semble toutefois à la peine dans les intentions de vote.
Les sondages qui lui prédisaient jusqu'à 10% des voix en septembre créditent désormais le BSW d'un score de 5%, le seuil pour entrer au Bundestag.
Le parti ne compte que 1.100 adhérents et quelque 25.000 sympathisants enregistrés. Dans de nombreuses régions, il ne dispose pas encore de structures.
Le chef de la CDU nationale Friedrich Merz, favori pour succéder à Olaf Scholz, rejette toute hypothèse d'alliance avec cette figure de "la vieille RDA".
Si le BSW a attiré des personnalités du monde des arts et du sport, ainsi que l'entrepreneur millionnaire Ralph Suikat, qui a déclaré vouloir "payer plus d'impôts", il reste fortement centré sur sa cheffe.
Figure familière des talk-shows télévisés, Mme Wagenknecht y a longtemps véhiculé un discours critiquant le capitalisme, l'arrogance supposée des élites et un militarisme occidental jugé dangereux.
Pour le magazine Der Spiegel, cette posture d'oratrice "ne lui suffit plus, elle veut maintenant participer".
E.Ramalho--PC