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Allemagne: le patron des conservateurs confiant dans son pari face à l'extrême droite
Ciblé par des manifestations massives, blâmé par l'ex-chancelière Angela Merkel, le patron des conservateurs allemands Friedrich Merz a appelé son parti, lundi, à "maintenir le cap" sur l'immigration malgré les critiques suscitées par son flirt avec l'extrême droite.
"Nous sommes attaqués et des protestations s'élèvent contre notre politique", a lancé le favori des sondages à 20 jours des élections législatives, lors d'un congrès des démocrates-chrétiens (CDU) à Berlin.
"Mais c'est justement maintenant qu'il faut maintenir le cap", a assuré le leader de l'opposition, convaincu que "la politique migratoire ne peut pas continuer ainsi" et qu'une "large majorité de la population" soutient son offensive sur le sujet, lancée après une série d'agressions meurtrières commises par des étrangers, qui ont suscité une forte émotion dans l'opinion.
En montant au front avec des propositions radicales, au point de former une alliance de circonstance avec le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), le rival d'Olaf Scholz tente une stratégie risquée.
- "Honte" -
Sa décision la semaine dernière de s'appuyer par deux fois sur l'extrême droite pour tenter de faire passer des textes contre l'immigration à la chambre des députés a brisé un tabou d'après-guerre en Allemagne où les partis traditionnels refusaient toute alliance au plan national avec la droite radicale.
Friedrich Merz a réussi mercredi à faire passer une motion non contraignante, échouant de peu vendredi à obtenir la majorité sur un texte de loi.
En réaction, des dizaines de milliers de manifestants -plus de 160.000 à Berlin- se sont mobilisés dans tout le pays durant le weekend pour dénoncer l'affaiblissement de ce "pare-feu" traditionnel contre l'extrême droite.
Au congrès de la CDU à Berlin, les délégués du parti ont été accueillis par une centaine de manifestants scandant notamment "CDU Shame on you" (Honte à toi CDU), a constaté l'AFP.
Des protestations que le favori pour la chancellerie a disqualifiées lundi, comme émanant d'une "minorité sociale et politique de plus en plus petite en Allemagne", constituée des sociaux-démocrates et Verts au pouvoir.
Le pari de Friedrich Merz : qu'un discours plus musclé sur la sécurité et la politique d'asile séduira le nombre croissant d'électeurs tentés de voter pour l'extrême droite créditée de 20 et 22% dans les sondages, devant les sociaux-démocrates du chancelier Olaf Scholz (16 à 17%).
- "Jamais" d'alliance -
Le nouvel homme fort de la CDU poursuit la droitisation du mouvement dont il a pris la tête après le départ de la chancelière centriste Angela Merkel en 2021.
Cette dernière a été l'une des rares à critiquer ouvertement la semaine dernière la stratégie de son successeur. La plupart des conservateurs serrent les rangs derrière Friedrich Merz à moins de trois semaines des législatives.
La CDU a adopté lundi un catalogue de 15 mesures à mettre en œuvre "immédiatement" en cas de victoire, pour que les ménages et les entreprises "partent cet été en vacances avec une confiance tout neuve".
Sur l'immigration: contrôles permanents aux frontières, renvoi de tous les étrangers qui s'y présentent sans papiers, y compris les demandeurs d'asile, placement en rétention illimitée d'étrangers délinquants et "dangereux", retour au délai de huit ans pour demander la citoyenneté allemande, réduit à cinq ans par le gouvernement Scholz.
Sur la relance de l'économie en crise : baisse de la TVA dans la restauration, plus de flexibilité du temps de travail, l'exonération fiscale des heures supplémentaires, retour des subventions au diesel des véhicules agricoles, abrogation du ticket de caisse obligatoire.
Les turbulences de la dernière semaine ne montrent pas d'effet sensible sur les sondages de la CDU qui plafonne, voire recule. Le parti est crédité de 29 à 30% des suffrages, contre jusqu'à 35% en fin d'année dernière.
L'extrême droite appelle de son côté les Allemands à voter pour l'original plutôt que la copie en matière d'immigration, tandis que la gauche met en garde contre le risque de voir bientôt la droite s'allier à l'AfD pour gouverner le pays.
"Nous ne travaillerons pas avec l'AfD, ni avant, ni après (le scrutin, ndlr), jamais", a rétorqué lundi Friedrich Merz.
A.Seabra--PC