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L'Ukraine réclame un plan pour "arrêter" la Russie avant de parler de paix
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté Washington à convenir d'un plan pour "arrêter" la Russie dans sa guerre avant des pourparlers que les Européens, sous le choc, refusent de voir s'ouvrir "dans leur dos".
Dans ce contexte explosif, le Kremlin a affirmé qu'il n'y avait pour le moment aucune décision sur la date de la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine et que cela pourrait "prendre des mois". Avant d'assurer que l'Ukraine participerait aux pourparlers de paix "d'une manière ou d'une autre".
Auparavant, M. Zelensky avait souligné que les réunions entre l'Ukraine et les Etats-Unis constituaient "la priorité" pour lui. "Et ce n'est qu'après ces réunions, après l'élaboration d'un plan pour arrêter Poutine, que je pense qu'il sera juste de parler aux Russes", a-t-il ajouté.
Les Européens considèrent quant à eux qu'une paix durable en Ukraine est inséparable de la sécurité du continent.
La paix doit être plus qu'un "simple cessez-le-feu", a mis en garde jeudi Antonio Costa, le président du Conseil européen, qui regroupe les dirigeants des 27 de l'UE.
Parmi différentes lignes rouges tracées par l'administration Trump, les Etats-Unis ont martelé qu'une adhésion de l'Ukraine à l'Otan n'était pas réaliste, tout comme un retour de ce pays à ses frontières d'avant 2014, c'est-à-dire avec la Crimée, annexée cette année-là par Moscou.
Autant d'annonces qui ont provoqué la satisfaction des dirigeants russes, pressés de vouloir élargir les discussions à la "sécurité en Europe".
- "Trahison" -
Par la voix du chef du Pentagone, présent jeudi à Bruxelles, Washington a pourtant promis que l'ouverture de ces discussions n'était en rien une "trahison" vis-à-vis de l'Ukraine.
"Il y a la reconnaissance (du fait) que le monde entier et les Etats-Unis sont investis dans la paix, une paix négociée", a lancé le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth.
Les Américains ont en outre jugé qu'il appartenait désormais aux Européens d'assurer l'essentiel du soutien à Kiev et qu'ils était impératif qu'ils musclent leurs investissements dans la défense.
"Il faut rendre à l'Otan sa grandeur", a insisté le chef du Pentagone en marge d'une réunion ministérielle de l'Alliance atlantique. Un clin d'oeil à la célèbre formule de Donald Trump.
Les pays européens se sont toutefois montrés très sceptiques, le cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas faisant même le parallèle entre aujourd'hui et 1938, quand les accords de Munich avaient abouti à l'annexion d'une partie de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne hitlérienne.
Cette "stratégie de l'apaisement ne fonctionne pas", a-t-elle clamé.
"Toute solution rapide équivaut à un sale accord que nous avons déjà vu, à Minsk par exemple", a averti jeudi Mme Kallas, pour qui rien ne peut se négocier "dans le dos" de l'Europe ou des Ukrainiens, sous peine d'"échec".
Les accords de Minsk conclus il y a dix ans avaient abouti à un cessez-le-feu en Ukraine, rompu à maintes reprises, jusqu'à l'invasion de ce pays par la Russie en février 2022.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a dit de son côté refuser une "paix imposée" à Kiev, tandis que, pour Premier ministre polonais Donald Tusk, l'Europe et les Etats-Unis "doivent être totalement unis" dans des pourparlers.
- Les Ukrainiens sont "forts" -
Dans le camp ukrainien, la prudence est de mise, sur fond de grandes incertitudes.
"Là, maintenant, le message est que nous continuons. Nous sommes forts, nous sommes capables", a lancé, de Bruxelles, le ministre ukrainien de la Défense Roustem Oumarov, sans toutefois donner davantage de détails.
A Moscou, un ancien combattant russe, interrogé par l'AFP, pense le contraire, résumant à sa façon la situation : "Nous gagnerons, c'est clair. Tôt ou tard, les Ukrainiens se rendront", tranche-t-il, car "l'Europe les a en quelque sorte abandonnés" et "Trump est agacé parce qu'il ne veut pas les parrainer davantage".
L'annonce de l'ouverture "immédiate" de négociations de paix sur l'Ukraine et le discours de vérité du nouveau secrétaire américain à la Défense, exigeant des Européens qu'ils se prennent en main, a eu l'effet d'un coup de tonnerre au siège de l'Alliance.
"C'est un grand moment de vérité" pour l'avenir de l'Otan, a noté le ministre français de la Défense Sébastien Lecornu.
Balayant ces doutes, Pete Hegseth a proclamé jeudi que Donald Trump était le "meilleur négociateur de la planète" et le seul capable de permettre d'arriver à une paix "durable" en Ukraine.
Et selon une source proche de la réunion jeudi du Conseil Otan-Ukraine, il a affirmé aux autres membres de l'Alliance atlantique que le soutien militaire américain serait maintenu tant que dureront les négociations.
E.Borba--PC